La cité des dauphins, histoires policières de science-fiction et chroniques légères

Un an après

Suite de la Nouvelle 4 "Mémoire interdite".

Le temps a passé, Laënda est devenue une résistante de Mémoria, qui cherche toujours à libérer le contenu de la Grande Bibliothèque Historique pour rétablir un monde plus libre.

Mardi 20 janvier 2162.

Quel froid ! Cet hiver est encore plus dur que l’année dernière !


      Je me retournai sur ma couchette. Le bois était dur mais j’avais un drap solide, une nouvelle couverture et ça allait mieux qu’avant. De toute façon, je m’étais habituée à dormir sur du dur, depuis dix mois que j’étais là. Des mémorians avaient réussi à emmener des matériaux et des encyclopédies de techniques rudimentaires dans leur fuite, des années auparavant : un atelier de fabrication avait été créé. Les vêtements que l’on portait provenaient d’ailleurs tous de cet atelier, les combinaisons étaient réservées à ceux qui sortaient. J'étais frigorifiée, alors que je dormais entortillée dans le drap et la couverture : évidemment, je n’avais qu’un T-shirt à manches longues et un pantalon lâche pour dormir. Malgré les grandes chaussettes qui montaient jusqu’aux genoux et celles que j’avais enfilées sur mes bras, je tremblais de froid.

6h40 ! C’est pas possible ! Je ne pourrai pas me rendormir. Je gèle !

Je me recroquevillai le plus possible pour ne pas perdre de chaleur et ce fut plus supportable. Je dormais au dernier étage, sur la troisième couchette, ce qui s’était maintes fois avéré pratiques pour les nuits où je me réveillai en sursaut, après un cauchemar éprouvant. J'en faisais toujours et dormir en haut m'évitais de me cogner le crâne. Depuis que l’on approchait doucement de mars, ils se multipliaient même. Heureusement que mes amies de chambrées étaient là pour me rassurer. Je m’étais liée avec elles dès mon arrivée et j’eus la bonne surprise de revoir Tara, que l’on avait mutée au service de contrôle interne. Grâce à cela, je pouvais la voir souvent, mais son travail était plus stressant : elle devait patrouiller dans les parties les plus isolées de notre zone et vérifier le bon fonctionnement des machines de surveillance.


      Elle m’avait emmenée, trois mois plus tôt. C’était dans un secteur mal éclairé où les rats pullulaient. Ils risquaient de grignoter les câbles qui couraient presque à nu sur le béton.

« Nous avons eu de la chance de trouver cet endroit, m’avait-elle dit. À l’origine, c’était un refuge. Il date d’avant la Grande Crise et nous n’avons pas eu à implanter le matériel. C’est une sorte d’installation souterraine avec un groupe électrogène que nous avons réussi à sortir de la poussière. »

Elle s’était tournée vers moi avec son triste sourire des mauvais jours.

« Quelle ironie ! Tout notre savoir vient de Futura elle-même ! C’est Elle qui a formé les ingénieurs que nous avons et qui enseignent leurs connaissances à leurs enfants… Nous sommes quelques centaines de milliers de résistants tout au plus, disséminés sur la planète… Et c’est nous, les plus proches de Futura (et de la vraie Futura, pas de ses filles) qui tentons de réunir tous les éléments pour accomplir le soulèvement. »

J’avais enjambé une flaque noirâtre. De l’eau suintait par endroits : il y avait une nappe près de nous, celle-là même qui nous fournissait de quoi boire… après avoir été filtrée.

« Comment sais-tu tout ça ? Je croyais que tu n’avais pas le droit…

-            Ah ! Depuis que Mëya m’a fait muter aux surveillances, je suis mieux informée. Tu te rends compte que nous vivons ici à vingt mètres sous terre ?

-            Oui. Heureusement que je ne suis pas claustrophobe. »


      Je n’étais pas claustrophobe mais lorsqu’il n’y avait pas de cauchemars, je rêvais du ciel étoilé ou d’azur, des rayons du soleil couchant, des verts jardins de ma ville, des réserves naturelles que j’avais jadis visitées et d’autres endroits, tous à l’air libre et sous un beau soleil. J’avais oublié le chant du rossignol.

« Quand je pense aux difficultés que nous avons pour renouveler l’air… Quelle chance nous avons : ce serait si facile de mourir ici…

-            Mais, nous avons des téléporteurs et des escaliers pour sortir de là !

-            Oui… mais les escaliers seront utilisés en cas de force majeur. D’ailleurs, les entrées sont soigneusement dissimulées, et scellées. Il paraît qu’elles débouchent dans les canalisations des égouts.

-            Aaah !… Mais c’est dangereux, en plus !

-            Oui, mais c’est tout ce que nous avons. »

Une forme noire courut près du mur d’en face. Un rat. Je relevai automatiquement le canon de mon pistolet et l’abattis.

« Merde ! Trois coups ! Encore deux de trop ! »

Tara siffla doucement.

« Hé bien ! Tu as fait de sacrés progrès ! Tu es devenue plus forte, rapide, agile et bonne en tir ! Tu n’es plus la pauvre petite effarouchée qui nous est tombée dans les pattes ! »

Le compliment me fit sourire. Je m’étais pas mal entraînée pour parvenir à un résultat satisfaisant. C’était d’ailleurs l’une de mes tâches principales : éradiquer la vermine qui tentait chaque jour davantage de s’approprier nos couloirs et nos réserves. À part ça, j’étais affectée à diverses tâches de nettoyage, comme les autres mémorians : notre hygiène devait être la meilleure possible pour ne pas tomber malade… Un homme de quarante-cinq ans était mort à cause du surplus d’humidité deux mois plus tôt. Pneumonie. Il avait refusé d’être expédié à la surface pour se faire soigner comme indigent. D’ailleurs, il aurait probablement été repéré : tous les vagabonds étaient bien traités et régulièrement immunisés. On ne pouvait pas les empêcher de rester à la rue, mais on leur devait une assistance médicale.


      Ici, être malade prenait une importance considérable. Quarantaine, soins immédiats… On passait une visite rapide chaque mois. Mourir de cette façon était trop dangereux pour tous. Et les médicaments étaient rares...

 

A suivre...

Vos commentaires

Aucun commentaire pour le moment.

Autres publications sur le sujet

Aucune référence pour le moment.

Vous pouvez faire référence à votre publication en utilisant ce rétrolien

Commenter cet article

*


Pour être sûr... combien font 1 + 5 ? *

Se souvenir de moi


Les champs marqués d'un * sont obligatoires
Votre commentaire sera affiché en texte brut à l'exception des liens