La cité des dauphins, histoires policières de science-fiction et chroniques légères

Mal au coeur

Extrait du roman 4 "L'enfant de l'eau", suite du 1 "La cité des dauphins". L'histoire débute un mois après les derniers évènements survenus sur Thétys. Istalle ne sera plus jamais la même... mais rien n'est encore fini.

 L'extrait suivant se déroule deux mois après la fin de "la cité". Istalle est rentrée sur Mars, sa planète d'origine.

 

 

Trois heures du matin. La clarté des lunes caressait Pierrefort endormi. Dans le petit studio, à peine meublé, rempli de cartons de déménagement et jonché de paperasse, Istalle ouvrit les yeux. Comme au fruit d’une longue habitude, elle se redressa dans son lit et jeta un œil distrait vers la pendulette lumineuse. La tête bourdonnante d’images chaotiques, elle écarta les couvertures, glissa les pieds sur la moquette cotonneuse fraîchement posée. La fenêtre l’appelait,  ses poumons réclamaient un air frais pour dissiper son malaise.

Elle se leva avec un soupir, enjamba un fatras de livres et d’articles de presse qu’elle s’était donné la peine d’imprimer, tira le rideau et rendit la vitre translucide en pressant un bouton. La nuit étoilée entra doucement dans la chambre enténébrée. La jeune femme ouvrit la fenêtre et inspira profondément. Accoudée, elle contempla la voûte céleste.

« Phobos, Deimos… murmura-t-elle, merci de veiller sur nous. »

À l’orée de l’immensité stellaire, les deux corps célestes poursuivaient leur fascinant ballet croisé. Depuis sa chambre, Istalle profitait d’une vue splendide sur la ville. Sa ville. L’immeuble, construit sur une butte, surplombait de beaux quartiers. Grâce à son diplôme et au travail accompli sur Ékysse –qui lui ouvrait toutes les portes avec silence et respect– la jeune femme avait pu dégoter un bel emploi en rapport avec les parcs aquatiques de Mars. Et la future mer.

De l’eau sur Mars… ça paraît tout naturel. Pourtant, quand les premiers colons ont terraformé la planète, la vie aquatique détectée sous la glace était infime… Tout s’est développé de façon spectaculaire. Sans parler des espèces terriennes acclimatées.

Bien sûr, son nouveau travail  n’était pas synonyme de mystère, mais elle manquait encore d’expérience et son âge lui empêchait de briguer de meilleurs postes. Le sien lui conférerait d’autres bases, lui permettrait de renforcer la valeur de son nom…

Son nom… Maura. Un nom que les télévisions holographiques avaient tartiné en long en large et en travers pendant des mois. Elle avait réussi, réhabilité son père… Le prix avait été bien lourd à payer. Malgré son innocence, assurée après une enquête rapide –XXXXX² avait laissé un testament pour rétablir la vérité–, et après des semaines de tranquillité relative, Istalle s’était aperçue qu’elle sentait toujours le poids d’Ékysse l’oppresser. Il lui fallait maintenant oublier, se reconstruire, changer d’objectifs. La cité des dauphins avait accaparé toute sa vie. La rayer de ses préoccupations se révélait une déchirure imprévue, un basculement vers l’incertitude. Que voulait-elle ? Que devait-elle faire ? Elle avait quitté Ékysse, mais celle-ci l’avait-elle réellement quittée ?… En quelques mois, elle avait davantage vécu qu’en dix ans.

 

Istalle passa une main dans ses cheveux brun clair, fraîchis par l’air épuré de la nuit, et ferma la fenêtre. Ses pensées étaient revenues à un sujet plus douloureux, une blessure encore suintante. Sur la table de nuit, près du réveil, le cube multimédia reflétait la lumière nocturne.

XXXXX²… Je n’ai pas oublié. Comment pourrais-je ? Ça ne fait que deux mois que je suis partie…

À ce moment précis, l’impression qui l’avait tirée du sommeil ressurgit. Comme ballottée par des vagues, Istalle vacilla, se précipita vers son lit. Assise, la sensation perdura, l’agitant de tremblements. Elle sentit son dîner remonter, lutta contre la nausée et tituba jusqu’aux toilettes. Agenouillée, évitant de retenir les spasmes pour en finir, elle rendit toute nourriture à s’en brûler la gorge. Brusquement, le malaise s’estompa. Istalle se remit péniblement debout, fit quelques pas… Brusquement, elle écarquilla les yeux, posa une main sur son ventre.

Et si… Si j’étais… ?

 

Déjà quatre chapitres d'écrits. A suivre ! :-)

XXXXX² : nom tenu secret pour préserver l'intrigue de "la cité des dauphins" .

 

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