La cité des dauphins, histoires policières de science-fiction et chroniques légères

III L'empreinte du passé (partie 2)

Suite de "La cité des dauphins".

Arrivée sur Thétys, près de là où elle a vécu huit ans auparavant, Istalle se remémore son passé douloureux...

Istalle reprit lentement conscience de sa main, posée sur le tissu. Puis sentit la lumière derrière ses paupières et sut où elle était. Elle ouvrit les yeux. Son cœur battait rapidement. Elle revint lentement à la réalité, vit ses vêtements froissés, les draps non défaits sur lesquels elle reposait. La tête lourde, la jeune femme saisit la bouteille d’eau qu’elle gardait toujours auprès du lit et but une longue gorgée.

 

Elle connaissait par cœur le rapport de la Catastrophe :

-           22h45 : Orhi Kyléon, qui était rentré chez lui, retourne à son travail, dans le bâtiment de biologie, mitoyen du centre de contrôle de la pression du dôme.

-           23h00 : les limites inférieures du dôme commencent à s’effacer et l’eau à entrer dans la cité.

-           23h01 : Orhi appelle son épouse Jade et lui dit de retourner immédiatement à la surface avec leur fille par les navettes d’évacuation.

-           23h05 : un appel général est lancé depuis l’observatoire permanent de sécurité, demandant aux habitants de garder leur calme et de se rendre aux sommets des tours pour y gagner des navettes de secours ; l’eau atteint déjà le niveau critique de 5 mètres.

-           23h09 : une trop forte pression s’exerce sur le dôme, désormais instable, celui-ci disparaît totalement et la cité est engloutie.

-           23h13 : deux navettes emportant 54 rescapés rejoignent la surface.

 

Sur les 676 personnes qui étaient à Ékysse  ce soir là, seules 56 avaient survécu. Dont elle. Son père, alors âgé de trente-quatre ans, avait été englouti et l’esprit de sa mère n’avait pas reparu, sauf pendant de rares instants… Elle avait été confiée à la sœur de Jade, une femme qui ne comprenait rien aux scientifiques et n’avait jamais beaucoup apprécié ses parents. Pourtant, elle l’avait prise sous son aile avec affection, peut-être parce qu’elle n’avait jamais eu de fille. Elle avait eu trois garçons, des triplés, et n’avait pu avoir d’autres enfants depuis.

Entre les horreurs qu’elle avait vues et cette chaleur humaine retrouvée auprès d’un père, d’une mère et des frères dont elle aurait aimé être la fille et la sœur, Istalle fut d’abord complètement désorientée. Puis elle retrancha dans sa mémoire ce qu’elle avait vécu avant. Malgré ses efforts, elle ne put jamais appeler Marc et Cylia des noms de « papa » et « maman ». Une fragile adolescente se constitua, fuyant un passé qu’elle ne pouvait renier. Istalle ne pouvait oublier ce qu’elle avait vu.

 

Pendant plusieurs mois, traumatisée, elle fut hantée de cauchemars épouvantables. Les vagues noires se refermaient toujours sur elle, et elle ne pouvait rien faire. Ou alors elle voyait ses parents se faire emporter sans espoir alors qu’ils étaient tout près d’elle. Istalle s’arrangeait pour éviter les cours de natation tant l’eau, même peu profonde, lui faisait peur. La première fois où elle ne put y échapper fut un calvaire. Elle n’arrivait à nager que la tête hors de l’eau. Elle devenait comme folle dès qu’on la lui enfonçait par jeu. Mais elle ne révéla rien, de crainte de se retrouver  isolée. Elle avait dit à ses amis que ses parents étaient morts dans un accident de plongée sous-marine alors qu’elle-même n’était pas loin. Ce n’était faux qu’à moitié.

Deux ans après, les syndromes commencèrent à diminuer. Elle se força à nager chaque semaine et commença à mettre la tête sous l’eau, puis à apprécier celle-ci. Istalle se méfiait toujours mais l’élément liquide l’attirait de plus en plus fort. Elle devint très bonne nageuse, s’essayant même à l’apnée.

 

Lorsqu’elle eut seize ans, elle découvrit ses dons pour les sciences. Cela l’effraya car elle savait ce que faisait son père avant la Catastrophe et tout semblait la destiner à une profession apparentée. Mais elle choisit de continuer coûte que coûte pour ne pas croire à une malédiction. Cylia et Marc ne lui parlaient pas de ses parents. Malgré leurs craintes, ils la laissèrent pourtant s’engager dans cette voie.

A l’âge de dix-huit ans, Istalle hérita définitivement du nom de sa mère et devint Istalle Maura. Elle savait que cela ne la desservirait pas : seul le nom de Kyléon était entaché de la Catastrophe. Kyléon renvoyait à la cité des dauphins, qui n’était plus d’un grand cimetière d’espoirs anéantis. Et parmi les survivants de la cité, si beaucoup étaient des scientifiques et avaient connu ses parents, ils ne connaissaient pas sa mère sous son véritable nom.

 

A suivre...

Pour trouver le roman : www.lulu.com (mot-clef : dauphin) ou lien direct http://www.lulu.com/content/1877430

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