III L'empreinte du passé (partie 1)
Suite du roman "la cité des dauphins"...
Huit ans plus tard...
Vingt ans. L’âge où on vous prend encore souvent pour une gamine mais où on vous confie des tâches d’adultes. Au fond d’elle-même, Istalle était plus vieille. Son visage la faisait paraître moins mûre qu’elle n’était, mais pas son regard. Un regard dont elle ne savait plus s’il fallait se réjouir qu’il soit bleu et dans lequel trop de tristesse avait passé.
Est-ce que tu sais ce que tu viens faire ici ? Ce que tu vas y trouver ? Si tu vas y trouver quoi que ce soit ?…
Assise, les pieds nus enfouis dans le sable, Istalle laissait ses cheveux flotter dans le vent tandis qu’elle scrutait la mer devant elle. Vêtue d’un simple maillot et d’une veste claire, elle était seule. La plage était déserte à cette heure si tardive. Se rallongeant sur le paréo, elle regarda ce ciel qui n’était pas le sien mais qui portait une partie de son histoire. L’étoile rouge d’Eyal achevait lentement son parcours vers l’Ouest. Un vent tiède plongea Istalle dans la torpeur et elle dut lutter pour ne pas s’endormir. Un peu de sable roux dans la bouche la tira de sa somnolence. Elle secoua la tête et écarta une mèche brun clair de ses yeux. Regardant à nouveau la mer, elle commença à enlever ses affaires et les mettre dans son sac. Debout, droite comme une flèche dans le sable, Istalle braqua son regard sur l’eau qui clapotait doucement et la maudit.
Pourquoi ? Pourquoi est-ce que tu m’as pris mes parents ?… Ici, là, quelque part… mes parents sont morts. Je n’aurai pas la paix. Pas tant que j’ignore si Orhi Kyléon est oui ou non le responsable de la destruction d’Ékysse.
C’était pour cela, uniquement pour cela qu’elle était revenue. Après bien des hésitations, des bagages faits puis défaits, Istalle avait pris un petit nécessaire avec elle et s’était embarquée le premier jour de ses vacances. Même son cœur, même Tyde n’avait pu la retenir. Elle pensait, non, elle était sûre qu’il ne mettrait pas plus de deux jours à la retrouver : un pour comprendre qu’elle ne l’avait pas fui, lui, et un pour suivre le même chemin après avoir consulté ses réservations sur Internet. Cela ne l’inquiétait pas. Elle était résolue à aller jusqu’au bout, connaître la vérité quelle qu’elle soit…
Repassant la main dans ses cheveux, ses doigts touchèrent l’infime point d’implantation de sa puce identitaire, à la base de la nuque. Elle tapota deux fois et un écran s’alluma devant ses yeux, impalpable.
Quatre appels en absence et un message… bien sûr. Tu sais bien que je ne répondrai pas.
Istalle mit sa visière pour mieux voir l’écran. Elle ouvrit mentalement la page des cartes. Un point brillant la localisait sur le versant nord d’une toute jeune île, déjà ouverte au tourisme. Non loin de là, à quelques kilomètres entre cette île et la suivante des nouveaux territoires se trouvait une zone entourée d’un cercle rouge. La zone d’Ékysse ou ce qui était plus que jamais une cité marine. Elle n’était plus habitée d’hommes mais hantée par les sparocs et régulièrement explorée par des sondes. Un échec total. Il n’était pas facile d’y aller mais Istalle le devait. Avant de partir, elle avait pris soin de relever les cartes de la ville et de se les transférer.
Il faut que je fasse vite. J’ai stocké beaucoup de documents. D’ici peu, ma mémoire sera pleine. Il faudra que je la vide ou que j’achète de quoi atteindre la limite autorisée.
Elle enfila alors un pantalon beige et quitta la plage roussie par les derniers rayons. En arrivant près des premiers arbres, elle passa devant la porte de téléportation, hésita, puis mit ses chaussures et poursuivit à pied pour se changer les idées. Elle marcha ainsi dix minutes pour regagner l’hôtel. Istalle se sentait étrangement fatiguée, comme si l’air marin avait anéanti toutes ses forces.
Je n’ai pas l’habitude… être dans un air si pur et près de la mer… à Pierrefort l’air était bien moins bon et peu vivifiant.
Istalle monta dans sa chambre par l’ascenseur car les téléporteurs étaient réservés aux gens fragiles et aux personnes âgées. Posant la main sur l’empreinte, elle ouvrit la porte de la chambre 707. Elle posa son sac, enleva ses chaussures et s’étendit avec un soupir, les paupières déjà lourdes. Le lit se creusa pour l’accueillir confortablement. Moins de cinq minutes plus tard, elle dormait.
Elle se vit enfant, debout sur une chose dure. Une plate-forme ? Un toit ?… elle ne savait plus. Tout était flou à travers ses larmes. L’eau bleue et triste luisait doucement sous les premières lueurs de l’aube. Rien ne permettait d’affirmer qu’elle se trouvait au-dessus d’un cimetière, tombeau liquide qui s’était refermé de façon soudaine et implacable. Tout était calme et silencieux, beau. Près d’Istalle, il y avait sa mère, assise, son visage pâle aux cheveux noirs collés sur les joues, ses yeux bleus vides, désespérément vides de toute lueur de vie. Pendant deux jours elle n’allait pas prononcer un mot. Au début, Istalle n’avait pas compris : il n’y avait personne autour d’elle. Personne… tout était mort et froid.
A suivre...
Par Lefélinbleu, Jeudi 12 Juin 2008 à 12:35 GMT+2 dans Roman 1 - La cité des dauphins (article, RSS)






