La cité des dauphins, histoires policières de science-fiction et chroniques légères

II La cité (partie 1)

suite de "la cité des dauphins".

Dans le premier chapitre, nous avons rencontré Jade, Orhi et leur fille Istalle. Ils viennent s'installer dans la cité marine d'Ekysse.

   Le dôme s'étalait sur un diamètre de mille mètres mais n'était haut que de cent cinquante seulement. Il s'en dégageait une lumière douce et pure, grâce à laquelle on distinguait les hauts murs et les tours élancées de la ville.

   Ékysse, l'unique cité marine des espaces connus, s'étendait sous leurs pieds. Les touristes murmurèrent doucement leur admiration à l'océan, seuls face à l'étrange beauté du site.

   Jade se rendit compte qu'ils descendaient vers le bord du dôme, là où un sas avait été aménagé. Suivant son fil telle une araignée, la cabine pénétra dans une construction cylindrique dont l'ouverture se referma hermétiquement derrière eux. Le charme de la descente rompu, les occupants ne pensaient plus qu'à entrer dans la ville. Alors l'ascenseur s'ouvrit sur un couloir parfaitement sec qui obligeait à passer par trois salles successives de sécurité, des sas supplémentaires menant à des navettes de secours. Enfin, tous arrivèrent à l'air libre du dôme, sur un sol lisse et dur. Et tous eurent la surprise -sauf Orhi et les habitués d'Ékysse- de sentir une légère brise.

« Du vent ? Ici ?
- Ce sont les générateurs d'air de la ville.
- Ah! bon... (Jade inspira profondément) en tout cas, l'air est pur ici. Je suppose qu'il est interdit de gaspiller l'oxygène?
- Tu supposes bien. Pas de consommation excessive d'énergies ni quoi que ce soit qui mette en péril le dôme et l'air que nous respirons. C'est une réussite telle que le matin, j'oublie toujours que je suis ici. Je me crois sur la terre ferme et non pas sur un fond rocheux à deux cent mètres sous l'eau.
- Dis-moi... j'ai vu combien l'eau était claire. Comment est-ce possible à cette profondeur? et malgré la lumière de la ville...
- Il y a plusieurs explications. Tu sais que la cité est bâtie sur le plateau continental, c'est-à-dire la partie la plus proche de la surface. Sur Thétys, les continents ont été immergés depuis le début de cette période de réchauffement, commencée il y a cinq mille ans. D'autre part, cette planète n'a pas beaucoup d'eau en comparaison de notre Terre d'origine: les plaines abyssales ne vont pas au-delà de trois mille mètres et les quelques grandes fosses atteignent seulement quatre mille six cent. Ce qui fait que la lumière passe plus facilement dans l'eau, notamment à cette faible profondeur.
- Mais? sur Terre, il n'y a plus de lumière à deux cent mètres de fond !
- J'y viens. Les spécialistes qui étudient le plateau ont découvert que le sable doré a des propriétés captatrices et surtout réfléchissantes de la lumière. C'est pourquoi, si tu te retrouvais de l'autre côté du dôme, tu pourrais entrevoir ce sable. Mais la visibilité au dehors ne dépasse pas trois mètres. Tout le monde a compris l'intérêt de cette découverte: une firme, en relation avec nos chercheurs, met actuellement au point des lampes à base de ce sable pour notre consommation personnelle. Ce serait autant de lumière en moins à produire...»

   Tout en écoutant, Jade ne se lassait pas d'admirer la ville. Ses hauts bâtiments clairs et lisses, polis comme le marbre, renvoyaient une douce lumière irisée. Ses arbres et ses terrasses débordantes de verdure, installées là depuis seulement deux ans, paraissaient y être nés. Et pourtant, entre ces tours au calme rayonnement et ces taches vertes et brunes qui trahissaient les étés passés à croître, la ville semblait hors du temps. Comme si un bâtisseur inconnu l'avait faite surgir du néant par sa seule volonté.


   Istalle se rapprocha du dôme, une lueur habitant son regard bleu.

« Istalle ! Reviens ! »

   Elle n'écoutait pas sa mère, elle ne l'entendait même pas. Un vertige saisit Jade, lui broyant l'estomac. Il n'y avait plus que quelques mètres séparant Istalle du dôme. Jade se mit à courir. Elle savait qu'elle était trop loin, qu'elle arriverait trop tard, mais elle courait.

« Ne le ...touche ...pas ! ! »

   Sa fille tourna la tête, à deux doigts de la barrière laiteuse. Jade hésita, s'arrêta. Le talon de sa chaussure était cassé. Istalle la regarda comme une adulte regarde une enfant.

« Mais tu sais que c'est là que je veux aller... pourquoi vouloir m'en empêcher ? C'est inéluctable. »

   La gorge sèche, Jade ne pouvait plus rien faire. Istalle posa la main sur la surface et celle-ci fléchit sous la pression. Jade se pétrifia. Les doigts passèrent de l'autre côté comme par enchantement et furent dissous dans l'eau. Le bras suivit. Debout et pourtant sans force, Jade vit le regard bleu d'une silhouette déjà glauque percer le sombre de l'océan puis mourir. Alors l'eau coula et rentra en rugissant dans la ville. Jade se laissa emporter par le flot qui perforait les tours d'argent et déchirait le sol.

Réveille-toi...

   Jade gardait les yeux fermés, le visage reflétant la paix. Autour d'elle, il n'y avait plus que l'eau, désormais noire, hantée par les tourbillons.

Réveille-toi... vite...

   Les paupières tremblèrent puis s'ouvrirent, juste à temps pour voir l'ombre d'un sparoc fondre sur elle. Jade regarda droit devant elle et ses yeux troublés par l'eau se fixèrent enfin sur le plafond.

« Ça va ?... Jade... Est-ce que ça va ?... Tu as encore fait un cauchemar, c'est ça ? »

A suivre...

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