I Descente aux abysses (partie 2)
Suite du roman 1... la cité des dauphins (disponible sur www.lulu.com mots-clefs : dauphins, cite des dauphins)
Bonne lecture !
« Tu es sûr que tu veux y aller ?...
- Jade, on en a déjà parlé. Tu sais à quel point la mer me fascine.
- C'est bien ça qui me fait peur!
- Il n'y a aucun danger. Leurs installations sont toutes en parfait état. Ils cherchent des spécialistes de la mer, et c'est moi qui les ai contactés le premier pour le poste de zoologiste! Ils sont d'accord, c'est la chance de ma vie! Je sais que je suis assez qualifié pour ça! Tu as vu comme mon chef a tout fait pour m'empêcher de gravir les échelons et de prendre sa place. Là-bas je serai apprécié à ma juste valeur. Et j'ai le mal du pays, je ne me sens pas chez moi ici...
- Je comprends mais tu n'as pas le droit de nous quitter comme ça...
- Rien ne t'empêche de m'accompagner, au contraire! J'ai besoin que tu m'accompagnes! Je leur ai dit ce que tu fais et il y a justement une place-
- Mais ça ne va pas?! je ne connais rien de là-bas! Et je débute dans ce métier!
- Ne dis pas des choses pareilles! Tu es très douée pour ça. Tu feras une journaliste formidable...
- ...et Istalle?
- Elle vient avec nous évidemment! Ne cherche pas de prétexte, tout s'arrange parfaitement.»
Jade soupira. Elle n'avait plus de raison à lui opposer ; pourtant, elle restait inquiète et tourmentée. Pour la première fois depuis longtemps, elle ne partageait pas l'enthousiasme d'Orhi. Istalle, elle, ne se posa pas longtemps la question.
« Alors... je vais partir avec vous ? Et je vais devoir tout quitter ici ? »
Jade embrassa sa fille pour la réconforter mais elle avait elle-même davantage besoin de réconfort qu'Istalle. Fronçant les sourcils, sa fille avait fini par dire d'un air très sérieux :
« Bon, d'accord, si papa veut y aller et que toi tu l'accompagnes, alors je viens.
- Merci ma puce, ton père sera très content.»
Istalle comprenait beaucoup de choses malgré son âge. Ou peut-être voulait-elle le faire croire lorsqu'elle doutait... là n'était pas l'importance. Jade avait eu un choix à faire et elle l'avait fait. Partir ou rester. Il était probable qu'elle aurait réussi à garder Istalle avec elle si elle était restée, mais il n'y avait rien de sûr. Plus qu'elle ne voulait se l'avouer, Jade s'inquiétait pour Ohri.
Étrange qu'il se soit à ce point enthousiasmé. Ça ne lui ressemble pas de foncer tête baissée sans réfléchir... pourquoi s'est-il précipité sur ce poste à Ékysse ? C'est vrai que vivre dans une bulle de l'océan doit être magnifique... mais également très dangereux. Je n'ai pas trop confiance en tout ça. Peut-être qu'il me cache quelque chose... Sinon, pourquoi chercher à me convaincre à tout prix de l'accompagner ? Alors que...
Istalle tourna la tête pour montrer à sa mère que le sol se rapprochait vite et qu'ils atterriraient dans quelques secondes mais celle-ci ne la regardait pas : ses yeux bleus fixaient un point invisible sur le sol de la navette. Istalle fit la moue, contrariée. Curieusement, elle ressemblait peu à sa mère. Ses traits fins et délicats étaient différents de ceux de Jade. Ils rappelaient plutôt son père sans pour autant qu'elle paraisse masculine. Istalle avait un beau visage pur. Celui de Jade n'était pas très beau mais attirait, probablement à cause du contraste entre les cheveux brun foncé et son regard bleu intense. Un bleu profond qui rappelait la mer ou un ciel sans étoiles. C'étaient ces yeux que Jade avait transmis à sa fille. Mais des siens se dégageait de l'inquiétude.
Une petite main passa devant son visage et Jade cligna des yeux.
« Oui, Istalle, qu'est-ce qu'il y a ?
- Regarde! on va toucher terre!
- Pas exactement, c'est un faux sol, il a été créé artificiellement.
- Artificiellement?
- Oui, mais ne me demande pas comment, je ne sais pas. Peut-être des déchets traités ou une plate-forme fixée sur le fond en dessous... à moins que ce ne soit de la terre.
- La mer n'est pas profonde, ici ?
- Non, pas très... attention, voilà la piste!»
La navette se rapprocha doucement et son ventre se colla au rail magnétique. Le freinage s'effectua en douceur et l'engin stoppa enfin. Les passagers ressentirent une légère vibration tandis que le tube de transport épousait le nez de la navette. Celui-ci s'ouvrit et le véhicule magnétique qui transportait les passagers fonça vers l'astroport, situé à cent mètres de là.
Istalle était déçue : elle venait de comprendre que le hublot qu'elle regardait était un écran qui lui montrait l'extérieur de la navette, non pas une véritable vitre. Elle se consola en pensant à la joie de revoir son père. Bien sûr, elle avait pu le voir et lui parler par image interposée, mais une image ne vous prend pas dans ses bras et ne vous embrasse pas non plus. Toutes ces « singeries » comme elle les appelait se révélaient utiles mais elle préférait sans aucun doute un père en chair et en os.
Par Lefélinbleu, Lundi 31 Mars 2008 à 23:02 GMT+2 dans Roman 1 - La cité des dauphins (article, RSS)






