La cité des dauphins, histoires policières de science-fiction et chroniques légères

Décision

   Grâce à l'aide de Mëya, la "chef" de l'organisation clandestine Mémoria, Laënda sait enfin ce que sont devenus les gens enlevés par la Milice blanche (et donc le sort de Trélia). Futura les utilise en bloquant leur mémoire, de façon à les transformer en miliciens (car l'effacement d'une grosse partie de la mémoire pourrait les transformer en légumes) ! Ces mêmes miliciens que tous fuient comme la peste...

Suite de la nouvelle 4 "Mémoire interdite"...

[... à l'annonce de cette réalité, Laënda ne peut s'mpêcher d'éclater]
« Pourquoi est-ce que c'est elle qu'ils ont emmenée ? Moi, je n'ai aucune volonté de me battre ! Tout ce que je voulais, c'était fuir pour me mettre en sécurité ! Je ne saurais même pas quoi faire de ma vie ! J'aurais dû être une étudiante normale, avec une vie normale, qui aurait été présentée à Futura et aurait eu un métier normal, sans avoir à se préoccuper de tout ça ! Et je... »

   La gifle partit si vite que je ne la vis pas venir. Elle me brûla la joue, mais face à moi, le regard de Mëya était pire encore : il me transperçait. Je frottai la chair endolorie et une larme coula de mes yeux sans que j'y prête attention. Dahr soupira tristement. Mëya réajusta ses gants convenablement. Son ton était amer.

« Petite imbécile ! Cela fait longtemps que tu n'as plus reçu de baffe, je pense. Des dizaines, des centaines, des milliers de gens voudraient être à ta place et toi, tu craches dans la soupe ! J'aurais pensé que tu n'étais plus comme ça, Laënda. Trélia m'avait pourtant dit que... oh et puis merde ! Explique-lui, toi ! »

   Elle se tourna vers le mur, en rage. Elle ne bougea pas mais je sentis qu'elle bouillait intérieurement.

« Oui, je suis lâche ! Oui, j'ai peur ! C'est humain, non ? La Milice blanche est faite pour nous faire peur !... J'aurais préféré une vie plus normale !
- Et avec tous ces mensonges ? répliqua Dahr. Je ne crois pas. Sans ça, tu serais restée inactive. Mais arrête de pleurer bon sang ! Tu te rends compte de ce que Futura fait de toi ?
- Hein ?...
- Tu rêves d'être présentée ? Mais c'est le moyen parfait pour Futura de prendre en main ton avenir, de contrôler tes rêves. Tu vis dans une société d'assistés, Laënda ! Est-ce que tu comprends que Futura fait tout pour mieux nous contrôler ? Pas la peine de t'en faire : maman Futura va te trouver un boulot qui sera exactement celui dont tu rêvais !... C'est de l'auto-persuasion ! Le travail qu'elle t'aurait donné, tu aurais peut-être pensé toute ta vie qu'il était réellement fait pour toi ! Secoue-toi un peu !»

   Je baissai la tête. Dahr faisait des cercles autour de moi sans cesser de me fixer. Mes tempes me faisaient mal et il avait raison. Je m'étais comportée en gamine entêtée qui voulait continuer à se bercer d'illusions. Mais le temps des illusions était passé.

« Ta carte d'identité ? Un contrôle ! Ta voix ? Enregistrée ! Tes empreintes ? Aussi ! Ton ADN ? Fiché quelque part sur ses registres ! Sinon, pourquoi as-tu évité les téléporteurs et les visiophones le plus possible avant de venir ici ?
- Et... la puce ?
- Ah ! (ses traits se radoucirent) ne t'en fais pas pour ça ! Elle est foutue. On s'en est occupée pendant que tu dormais.
- Hein ?! Comment ?
- On t'a ouvert le cou, il y a eu une forte hémorragie, il a fallu recoudre et...
- Quoi??
- Non ! Je déconne ! Rassure-toi, ça s'est pas passé comme ça. On t'a simplement injecté un corps qui parasite ce type de matériau et le désagrège peu à peu. On a vérifié : en deux minutes, il n'y avait plus rien.
- Hum humm... C'est déjà ça. (je fis un sourire forcé) Un contrôle de moins.
- Mouais. Il faut le prendre comme ça.»

   Il y eut alors un moment de silence, désagréable. Ce fut court, mais très désagréable : j'étais mal à l'aise. Je n'avais rien d'une héroïne et pourtant... Je ne pouvais pas tout de même pas retourner !

   Mëya devina mon monologue intérieur car elle dit brusquement :

« C'est à toi de choisir, Laënda. Toi seule ! Rester avec nous et lutter. Ou partir et aller au diable si tu le veux. Et s'il existe. Mais diable ou pas, ce que tu vivras avant de perdre la mémoire sera certainement pénible.
- Je...
- C'est un choix et tu ne pourras plus jamais revenir en arrière. Tu lutteras ou tu partiras. Alors ?»

   Le souvenir de la gifle était encore présent. Cette gifle m'avait remué le sang et je le sentis dans mes veines, m'irriguer de la tête aux pieds, plus fort qu'auparavant. Cela avait réveillé en moi la colère et le désir de vengeance. Non pas le désespoir comme lorsque j'avais découvert la vérité. Je n'étais pas seule, désormais. J'avais pris ma décision.

« Alors ? »

   Je relevai la tête, enfin résolue à affronter ce que j'avais fui depuis des semaines. La vérité. Si odieuse et déchirante qu'elle ait été. Les yeux noirs ne me quittaient pas.

« Mon père m'a dénoncée à la Milice blanche. Ma mère n'a rien fait, sauf m'encourager à oublier. Trélia a perdu sa mémoire à cause de moi, ou elle est morte. Et je lui dois mes souvenirs. Tout le monde a préféré fermer sa gueule autour de moi plutôt que d'oser dire ce qui m'est arrivé. La Milice blanche m'a volé douze jours de ma vie, de mon existence. Sa brume m'a pourchassée et a tenté de m'éloigner de tout ce que je connaissais. Et à cause d'elle, j'ai même dû quitter ceux que j'aime. J'ai dû mentir, voler, me cacher et fuir. Et celui qui a voulu m'arrêter... c'est mon père. Je ne peux pas oublier ça ! C'est impossible ! Ça m'obsède, j'en ai fait des cauchemars ! Et la Milice blanche m'y poursuivait ! »

   Mëya resta totalement impassible, attendant la suite. Dahr  regardait dans le vague.

« J'ai choisi : je vais rester avec vous ! Et tant pis si je dois en crever, je préfère ça plutôt que me planquer dans un trou et finir par y être trouvée en quelques heures...

Vos commentaires

Aucun commentaire pour le moment.

Autres publications sur le sujet

Aucune référence pour le moment.

Vous pouvez faire référence à votre publication en utilisant ce rétrolien

Commenter cet article

*


Pour être sûr... combien font 1 + 3 ? *

Se souvenir de moi


Les champs marqués d'un * sont obligatoires
Votre commentaire sera affiché en texte brut à l'exception des liens