Chez Mémoria...
Suite de la nouvelle 4 "Mémoire interdite"
Laënda a réussi, au terme d'une fuite éperdue, à rejoindre les résistants de Mémoria, ceux qui s'opposent au contrôle immobiliste de Futura et de sa Milice blanche...
Début de l'histoire ici : http://citedesdauphins.mabulle.com/index.php/Nouvelle-4-memoire-interdite/p2
- Ils y ont introduit des données sur la limitation des créations et des inventions. C'a été le début de la censure des mémoires.
- Mais pourquoi ? Pourquoi ? Où est le rapport avec la Grande Crise ?»
Tara baissa les yeux et fixa son regard sur un point du sol irrégulier.
« Si je le savais... »
Puis elle eut un sourire forcé.
« Si Mémoria le savait, on ne serait sans doute pas dans une telle panade ! Toi, tu as eu une chance incroyable de pouvoir t'en sortir.
- Y a pas que la chance là-dedans ! remarqua Jean qui s'était remis à nettoyer ses armes (il en était maintenant au couteau). Elle s'est montrée courageuse.
- Ce n'est pas vrai ! Fuir n'a rien de courageux ! Et je n'aurais rien pu faire sans Trélia...»
Un goût amer me vint dans la bouche. Ma gorge se serrait.
« Sans elle, il est probable que j'aurais... J'aurais laissé tomber.
- Et comme tous ceux qui sont passés par là et qui n'ont pas eu la volonté de chercher le pourquoi de leur amnésie, tu te serais complètement enfoncée dans les univers artificiels des jeux avec les gros monstres partout et ces feuilletons nuls à chier diffusés depuis des années. Tu n'avais pas vraiment le choix...»
J'eus un faible sourire. Tara n'avait pas tort. J'avais plus d'une fois été tentée de tout laisser tomber, de faire comme si de rien n'était.
Vendredi 28 mars 2161 - 22h32. Endroit inconnu, peu de temps après.
« Désolée, Laënda, mais je ne peux pas t'accompagner.
- Pourquoi, Tara ?»
Elle fit un de ses sourires indéfinissables, entre la moue et le rire. Voyons Laënda, tu connais la réponse... Cela ne faisait même pas deux heures que j'étais avec elle et Jean, et je m'étais déjà attachée. Peut-être parce que je ne savais plus bien où j'étais, ni ce que je devais faire ou penser. J'étais fatiguée après une journée aussi éprouvante. Le stress m'avait accompagnée tout le jour, jusqu'à se muer en terreur lorsque le brouillard était venu m'entourer, près de moi... Si près... mes paupières commençaient à tomber et je n'aspirais plus qu'à dormir. La première fois, cela m'était arrivée lorsque, assise dans la petite pièce de béton et ayant fini de manger, je m'étais tout naturellement adossée à la paroi et laissée aller. J'avais sursauté, surprise de ce qui arrivait et Tara avait ri. Jean était resté silencieux, un sourire sur son visage révélait qu'il avait déjà vu une chose pareille.
Elle me regarda directement, bien dans les yeux, les genoux fléchis pour être à ma hauteur.
« Une fois que tu auras passé cette porte, tu seras confiée à quelqu'un d'autre. Je ne peux pas savoir qui... ni où tu iras. Tu comprends : si jamais je suis prise, je ne pourrai rien révéler.
- Vous sabotez leur propre système...
- Ce sont nos seules armes. Et c'est bien pour ça que tu nous as rejoint, non ?... Garde précieusement ce collier.»
Puis elle se redressa rapidement et reprit une expression plus sévère, comme celle de la jeune femme devenue trop vite adulte que j'avais vue en arrivant. Elle n'aurait pas hésité à me tuer si j'avais été de la Milice blanche et il me manquait encore un détail pour le comprendre... Quelque chose dans son attitude me donna l'impression qu'elle se reprochait sa bienveillance envers moi.
« Vous n'avez pas confiance en moi, n'est-ce pas ?...
- Question piège ! Je ne peux pas me permettre d'avoir confiance en toi... pas maintenant, malgré tout ce que tu nous as apporté en quelques minutes.
- Je peux essayer de comprendre, mais je...»
Je bâillais largement et en restais tout étourdie. Tara se décrispa un peu. Puis elle revint à ses pensées et me montra une bande de nylon noir à scratch.
« Pourquoi ? »
Elle me la passa autour de la tête et l'ajusta devant les yeux.
« Ce sont les précautions d'usages. Les « ordres » si tu veux. Voilà. Au revoir Laënda. »
J'entendis le bruit de métal rouillé qui coulissait et la porte qui pivotait lentement sur ses gonds.
« C'est elle. Occupez-vous en. Elle vous racontera tout après quelques heures de repos. »
Je me sentais très fatiguée et mes jambes tremblaient. J'eus soudain l'impression que tout s'était trop bien passé, que quelque chose ne tournait pas rond.
« Du repos ?... Tara ! »
Je n'eus pas la force de me retenir de tomber et deux bras puissants me soulevèrent. Puis la brume noire du sommeil naturel m'enveloppa pour la seconde fois de ma vie.
Dimanche 30 mars 2161.
Je me retournai plusieurs fois avant de réaliser que je n'étais pas dans mon cocon habituel mais enveloppée dans une espèce de tissu. Finalement, j'ouvris les yeux. Le mur que je voyais en face de moi était irrégulier, comme du crépi et recouvert de peinture blanche. Un blanc éblouissant. Machinalement, je consultai ma montre : dimanche 30 ! 10h12 ! J'avais dormi près d'un jour et demi ! Comment ?... Me redressant, je constatai que je portai toujours les mêmes vêtements (sauf les chaussures, qu'on m'avait ôtées). La pièce était nue, hormis un néon au plafond, une porte et moi dans un coin, dans cette chose épaisse.
Une couverture! J'en ai entendu parler ! Avant, les gens dormaient dans du tissu. Mais... je suis sur une couchette ! qu'est-ce que ça veut dire ? !
J'étais en pleine forme et eus un moment l'impression que j'avais inventé tout ce que j'avais vécu. Mais non... C'était impossible, je le savais bien. Me sentant bien mieux que la veille, je me levai et la porte d'en face s'ouvrit... L'épouvante m'envahit.
A suivre...
Par Lefélinbleu, Mercredi 27 Fevrier 2008 à 22:23 GMT+2 dans Nouvelle 4 - Mémoire interdite (article, RSS)






