La Grande Crise du XXIème siècle... et Futura
Suite de "Mémoire interdite", la nouvelle 4.
Laënda, grâce aux informations données par Trélia (qui a été enlevée par la milice blanche) a réussi à s'enfuir et rejoindre Mémoria, le groupe de résistance contre l'effacement des mémoires...
Cette censure invisible trouve son origine au siècle précédent...
Tara tira une chaise rouillée vers elle (une chaise en fer avec seulement un dossier en vrai bois, pas une chaise synthétique...) et s'y assit.
« Donne-moi ton sac. »
Je l'avais presque oublié. Il était plein de poussières et d'eau à cause de ma chute et de la pluie qui été tombée pendant ma course. J'étais toujours debout, ne sachant pas quoi faire. Après le lui avoir remis, je restai les bras ballants. Une douleur se réveilla dans ma gorge, qui me glaça le sang : l'émetteur était toujours là ! Je risquais de les faire repérer. Je les prévins immédiatement.
« ...Ils m'ont implanté ça dans la gorge et ils vous trouveront ! Il faut partir d'ici ! »
Au lieu de s'en inquiéter, Tara partit d'un long rire, basculant la tête en arrière. Abasourdie, je me tournai vers Jean, mais celui-ci souriait, tout à ses « bibelots ». Tara se tut enfin et plongea la main dans mon sac. Elle me jeta mes sandwiches, ma gourde et mes cachets. Je ne comprenais plus rien.
« Mange ! me dit-elle en voyant que je restais bouche bée. Tu as besoin de récupérer après ce qui s'est passé. Et pour ça, tu n'as pas à t'en faire... Tu es en sécurité ici. »
Son regard se fit plus sérieux, déterminé, mais lointain également, comme si des souvenirs défilaient devant ses yeux.
« Nous nous terrons comme des rats, nous changeons de planque et de refuge, dans les anciens réseaux de canalisations et les zones détruites. Les miliciens savent certainement que nous y sommes car il n'y a pas trente-six endroits où aller pour échapper à leur surveillance, mais ils ne peuvent pas nous surprendre : nous avons plus de technologie avec nous qu'ils ne le pensent, grâce à tous ceux qui nous aident en secret, en risquant leurs vies. Nous avons monté notre propre système de surveillance et de recherche. C'est comme ça que nous avons réussi à récupérer du matériel informatique, à pirater des données et, depuis peu... à les modifier. Comment crois-tu que nous avons pu faire passer des messages ? Mais nous avons surtout réussi à copier et isoler des téléporteurs, pour les utiliser comme portes de sorties. C'est de là que tu viens. Il y a en permanence des gens qui travaillent à les garder des ramifications de Futura, mais l'attention peut faiblir, la défense se relâcher. C'est pour cela que des gens comme nous restent ici, pour prévenir toute intrusion. Nous ne voyons que très rarement le QG depuis que nous avons rejoins Mémoria et décidé ce que nous y ferions. Mais ça peut changer... »
La tête me tournait. Je finis par m'asseoir par terre et mordre dans mon sandwich. J'avalai trois cachets.
« On va rendre HS ce truc dans peu de temps et il disparaîtra. Ici, il ne peut pas marcher de toute façon : tout est brouillé. Mais c'est quand même surprenant que tu sois arrivée jusque ici... le collier doit servir à dévier le rayon, je ne vois pas d'autre explication. C'est une aubaine pour nous ! Enfin un moyen de nous protéger... du moins, jusqu'à la prochaine riposte de Futura. »
Tara semblait avoir la tête bien sur les épaules. Elle ne se faisait aucune illusion... J'arrêtai un moment de mastiquer pour demander péniblement :
« Mais... pourquoi est-ce comme ça ? Enfin... pourquoi ce contrôle absurde et ces pertes de mémoires ? Il serait plus simple de nous laisser inventer, créer... et c'est tellement plus... je ne sais pas. Merveilleux, peut-être. »
Le regard de Tara se fit pénétrant. Je vis qu'elle me prenait davantage en considération, même si une lueur de méfiance persistait dans ses yeux. La croire ? Ne pas la croire ? Voilà ce qu'elle devait se demander. Je le sais parfaitement : à sa place, j'en aurais fait autant.
« Répond, Tara... dit Jean. Bien que tu sois... enfin ! je connais les réfugiés depuis plus longtemps que toi. Si elle jouait un double jeu, ce serait vraiment une bonne actrice. Mais jamais elle n'aurait apporté le collier.
- Hum humm... fit-elle pensivement. Tout ça, c'est à cause de la Grande Crise... Et de notre peur. Alors que, par notre faute, la Terre entière s'enfonçait dans le désordre et le chaos, quelques poignées d'hommes et de femmes ont dû faire face à cet énorme problème... problème qu'ils avaient vu venir depuis un certain temps : mettre un terme à cette nouvelle période noire qui menaçait de nous faire revenir des années en arrière. On ne sait plus exactement comment ça a commencé, seule Futura doit encore le savoir. Mais quelque chose a perturbé le système de communication mondial. Les gouvernements ont été pris de panique, ils ne s'y attendaient pas -ou ne mesuraient pas suffisamment le risque. Les populations des villes, devenues totalement dépendantes, n'étaient pas préparées à ce chaos. Les échanges ont éclaté, impossible à organiser. Les grandes villes n'ont plus été approvisionnées qu'au goutte-à-goutte... jusqu'à ce que la peur devienne générale. Tout ce qui était déjà en partie détraqué par l'insécurité, les revendications des minorités, les exigences de groupuscules, les menaces terroristes, les piratages et autres problèmes a achevé de se déglinguer.
- Pourquoi?...
- Je ne sais pas vraiment... imagine que tu construises une tour avec des pièces de bois. Tu empiles les pièces les unes après les autres mais au fur et à mesure que ça grimpe, la tour se fragilise. Les fondations deviennent insuffisantes. Tu rajoutes de pièces pour consolider mais tu sais que ça ne durera pas. La tour penche déjà et tu ne t'en es pas rendu compte. Jusqu'au moment où une dernière pièce la fait s'écrouler toute entière.
- Et ensuite?...
- Une période horrible. Un nouvel âge noir. Chacun a essayé de s'en sortir comme il le pouvait mais c'était si dur... tout le monde a brutalement été arraché de son cocon de sécurité et les gens ont commencé à mourir. A tuer. Ceux qui restaient lucides se sont enfuis vers les campagnes pour trouver de quoi se nourrir. Il restait quelques centres isolés un peu partout dans les pays du nord où des gens s'étaient réfugiés et vivotaient en autarcie. [...]
Cela n'est pas si ancien que l'on veut bien le croire... nous voyons trop les choses à court terme. La suite, tu la connais. Heureusement, ça n'a pas donné un second Moyen Age ! Les connaissances ont été préservées : ceux qui ont mis leur savoir en commun ont inventé deux choses qui ont bouleversé notre monde : les puces mémoires et...
- Futura...
- Oui, Futura. Mais cela ne s'est produit qu'en 2096 et la Crise allait encore durer près de quatre années. Alors que près d'une décennie de chaos s'était déjà écoulée! Il a fallu trouver les moyens de se déplacer de nouveau, envoyer des porte-parole équipés de moyens de communications rudimentaires dans toutes les grandes villes du monde pour tenter de reconnecter les réseaux à un petit central informatique. Central qui allait devenir gigantesque et englober tous les autres.
- Futura ?
- Encore Futura. Après plusieurs années... ils ont réussi. En 2101. Mais ils y ont introduit-
- Dans Futura ?
- Oui ! Toujours Futura. Ne m'interromps pas, j'arrive à la fin. Ils y ont introduit des données sur la limitations des créations et des inventions. C'a été le début de la censure des mémoires.
- Mais pourquoi ? Pourquoi ? Où est le rapport avec la Grande Crise ?»
A suivre...
Par Lefélinbleu, Mardi 5 Fevrier 2008 à 22:36 GMT+2 dans Nouvelle 4 - Mémoire interdite (article, RSS)






