Mémoria
Suite de la nouvelle 4 "Mémoire interdite"
Laënda s'est échappée des griffes de la Milice blanche, emportant avec elle ce que Trélia lui a donné à remettre à Mémoria, le groupe de résistance à la censure des créations.
« Une gamine ! ! Qui es-tu ? »
Je levai la tête et rencontrai un canon de pistolet, puis des yeux noirs, vifs et méfiants. C'était une femme d'une trentaine d'années mais son regard révélait qu'elle avait vécu trop de choses pour son âge. Un regard de vieille femme, celui d'une personne qui n'a pas eu le temps de rester enfant et qui a fait des choix douloureux... un regard de tueuse aussi. Déterminée, inflexible : si tu es une ennemie, j'appuierai sur la gâchette.
Alors que j'allais ouvrir la bouche, elle m'arrêta, fixant mon cou.
« Qu'est-ce que c'est que ça ? ! Jean, débranche le téléporteur ! Tu as bien brouillé les ondes ? »
J'entendis un « hum humm... » d'acquiescement et j'eus à peine le temps de réaliser ce qui se passait qu'elle m'avait arrachée de terre. Elle était incroyablement forte. Elle jeta son arme à Jean, un homme moustachu plus âgé, assis sur un tabouret, qui nettoyait les siennes. Tous deux portaient des espèces de vêtements d'un tissu grossier et troué par endroits. Elle me remit sur mes pieds pour ouvrir mon col. La pièce était sombre, un genre de cagibi aux murs sans peinture. Une lumière courait sur le béton. Avec surprise, je constatai qu'elle provenait de mon collier. Je l'enlevai pour le contempler. Un instant plus tard, le scintillement disparut. L'ampoule du plafond redevenait la seule source de lumière de la pièce. La femme me dévisagea, murmurant quelque chose d'incompréhensible. Puis elle éleva la voix.
« Jean... c'est incroyable ! Tu as vu ça ? Trélia a réussi ! Elle a réussi à le contacter et à en rapporter un exemplaire !
- Meeeerde ! Tara, ça fait trois mois que je te dis que ça allait marcher ! dit l'autre sans lever les yeux.
- Vous connaissez Trélia ?
- Mais alors... ce n'est pas toi ?
- Non... hélas. Je m'appelle Laënda Tarèna et j'étais son amie. C'est grâce à elle que... qui êtes-vous ? Mémoria?
- Ha ! Ha ! oui... Mémoria. Enfin, deux membres. Mais je te préviens : si ce que tu nous racontes n'est pas satisfaisant, tu ne ressortiras plus jamais d'ici...
- De toute façon, si vous ne me protégez pas, je suis perdue...»
Les larmes qui perlaient à mes yeux depuis un moment grossirent et roulèrent, creusant des sillons sur mes joues. Je me mis à sangloter sans pourvoir m'arrêter. Tara se leva et vint m'entourer de ses bras pour me consoler, comme une mère, le temps que toutes mes angoisses et ma tristesse se soient écoulées. Puis elle m'obligea à m'asseoir par terre et me perça de ses yeux. Je ne pouvais pas échapper à leur lueur noire.
« C'est bien ça ?... demanda t-elle, doucement mais fermement. Ils t'ont prise, n'est-ce pas ?
- Oui... hoquetai-je.
- La milice blanche t'a volé combien ?
- D... Douze jours.
- Bon sang !...»
On entendit le bruit d'un objet dur heurtant le sol. C'était Jean qui avait parlé. Il en avait lâché son arme et regardait enfin de notre côté. Il était immobile, statufié.
« Douze jours ! C'est ...énorme pour une gamine de ton âge, finit par murmurer Tara. Que s'est-il passé ? »
Je baissai la tête, séchant mes larmes et racontai d'une traite tout ce qui m'était arrivé. Le journal. Les dates qui ne correspondaient plus. Mon père, les professeurs, le décalage, les cernes de Trélia, la visite nocturne, la brouille, les cachets, le rêve, le Grand Pilier, les cauchemars, l'intrusion, la puce mémoire, « l'accident », la fuite, le guet-apens, le code, la Milice blanche... je passai les doigts sur le collier et le retournai. L'envers était irrégulier. Ce n'était qu'une très mince pellicule d'argent. Du peu que j'en savais, je devinai enfin quel avait été le rôle de cet objet, le seul qui avait réellement de l'importance... C'était un prototype de bouclier. Un déviateur d'ondes comme je l'appris ensuite. C'était grâce à lui si j'étais parvenue dans cette pièce en liberté.
« La puce, le journal et ce collier sont les seuls éléments que j'aie pour vous. Si, du moins, vous êtes bien...
- C'est ...incroyable ce que tu as réussi à faire.
- Hein ... ?
- Je suis Tara, gardienne de cette sortie de secours. Ce que tu as réussi à faire, personne de ton âge ne l'avait pu avant toi... Si tu as menti, c'est vraiment bien imaginé. Tout sera vérifié. En attendant, tu es ici en sécurité.
- Ah ! Trélia, fit Jean. Pourquoi cette dépression, juste avant !
- Arrête ! tu fais pleurer la petite...
- Petite... j'ai dix-sept ans...
- Quand aurais tu dû être présentée ?
- Ce dimanche.
- Hé bé ! c'était moins une ! observa Jean.
- Merci, je le sais...»
Un frisson me parcourut.
« Vous êtes combien à Mémoria ?
- Hum ! pour l'instant, je ne peux pas me fier à toi, petite.
- Mais je...
- Je sais, je sais ! coupa-t-elle avec agacement (elle rechargea son arme). Mais pour le moment, t'es une étrangère. Désolée, c'est comme ça!
- Tara a raison. Ces saletés de miliciens ont plus d'une fois essayé de nous infiltrer. Il nous faut prendre des précautions diaboliques... d'ailleurs, ce code de téléportation ne servira qu'une seule fois. Mais... et ces quatorze premiers chiffres ? !
- Je les ai utilisés !
- Ah bon? Ce numéro m'est inconnu, alors que nous devons apprendre par cœur les numéros de secours chaque semaine. Il doit servir à autre chose.
- Mais quoi?... il a pourtant marché!
- Je l'ignore. A moins que ce soit un nouveau numéro d'urgence. Mais il y a quelque chose d'étrange dans tout ça... la chef éclaircira.
- La chef ?
- Tu verras bien !» dit Tara, un sourire sur ses lèvres minces.
A suivre : l'histoire de Futura...
Par Lefélinbleu, Jeudi 24 Janvier 2008 à 00:07 GMT+2 dans Nouvelle 4 - Mémoire interdite (article, RSS)






