Futura, la Milice Blanche, les mémoires interdites.
Suite de "Mémoire interdite", la nouvelle 4...
Laënda a enfin eu accès à des documents interdits. Même si Trélia ignore l'essentiel de ce qui s'est passé durant la Crise du XXIème siècle, elle lui a transmis l'essentiel sur Futura. Et sur la Milice blanche.
Ses cauchemars n'étaient que le reflet de la réalité. Elle a bien été poursuivie, arrêtée... et le sera sûrement encore. Trélia lui a remis des objets importants pour Mémoria. L'un d'eux cachait une confession...
(extrait assez long mais important)
Futura et la Milice Blanche. Les douze jours de Laënda, ou la mémoire interdite.
Laënda, si tu réussis à lire ceci, c'est que la Milice blanche ne m'aura pas encore enlevée. Mais, comme tu l'auras compris, cela ne saurait tarder. Je suis atteinte par le " mal de rêve ", comme on pouvait s'y attendre. Je ne voulais pas t'en parler tout de suite, de peur que tes idées ne soient irrémédiablement transformées. Cela fait environ deux mois que je fais partie du groupe Mémoria, le réseau secret qui lutte contre l'oppression de Futura et les crimes de la Milice blanche. J'ai été " repérée " par ses membres grâce à mes parents qui en faisaient eux-mêmes partie. Mais désormais ils ont peur pour moi. Ils ne voulaient pas me mettre dans la confidence pour ne pas me mettre en danger, mais je l'ai quand même découvert. Comme je suis encore une enfant (et une " rabatteuse ", en plus) ils ont appliqué leur règlement : pour Mémoria, moins on en sait, moins on peut mettre l'organisation en danger. On agit en permanence comme si on allait être capturé. Ça peut se produire n'importe quand. Voilà pourquoi je ne pourrais pas t'en dire plus sur eux.
Depuis longtemps, j'avais remarqué que tu étais souvent fourrée dans des jeux de " vies imaginaires " ou d'aventure. J'ai compris que tu pourrais nous aider, car tu étais toi-même (peut-être inconsciemment) à la recherche de quelque chose d'autre que ta vie ordinaire. Mais tu ne pouvais pas encore te libérer de ce monde " lassant ", étant trop accrochée à la promesse de métier que fait Futura. C'est une très bonne idée que ce rôle d'analyseur de capacités et de volonté, même si ce n'est qu'une petite partie de ce que Futura. Tu sais bien, pour l'avoir étudié, que sans cette machine née dans la Crise nous ne vivrions pas une époque d'une telle prospérité. Une prospérité planétaire, chose qui jamais ne s'était produite. Mais cela a un prix : l'immobilisme et la suppression des idées et des pensées qui pourraient le remettre en question.
Entendons-nous bien : je ne parle pas des découvertes scientifiques, qui permettent notamment la colonisation de Mars, ou la création de nouvelles matières comme celle de tes gants caméléons. Je te parle des idées de futur, des aspirations de nouveautés. Celles que tous les arts, la musique, la littérature, la peinture, et bien d'autres nous transmettent. Notamment les livres. Ce sont les dépositaires du savoir et de l'imagination, sous toutes ses formes. Des milliers de gens ont déjà refait le monde des milliers de fois et, depuis que tu as lu ces petites histoires (enfin, je pense bien : te connaissant, tu n'auras pas résisté à la curiosité), tu as dû te faire une petite idée de tout ça.
Mais tu ignores probablement encore tout ce que tu as vécu avant de te faire enlever. Je t'ai révélé petit à petit ce que je faisais et pourquoi. Heureusement, tu m'as crue mais tu t'es mise à lire des livres interdits, écouter de la musique et... à rêver. De plus en plus souvent. Comme les cocons t'en empêchaient, à cause de leur gaz particulier, tu t'es mise à dormir ailleurs et donc moins bien. Tu devais te cacher pour ça. Résultat : des cernes sont apparues sous tes yeux, de plus en plus grands, et tu as commencé à t'affaiblir. Tout ton entourage te le dira, si tu ne l'as pas déjà compris. Et quelques temps après que tu aies cessé de dormir dans les cocons, tu as été enlevée. Je ne l'ai pas vu, mais je l'ai deviné. Ils ont interdit une partie de ta mémoire. Les douze jours. Officiellement, tu étais tombée " malade ". Quelle salade ! ils pensaient pouvoir rendormir tes espoirs de changement mais ça n'a pas marché !
Et voilà le plus grave : j'en serai bientôt au même point que toi. J'ai déjà les mêmes symptômes et bientôt... le même trou de mémoire ! j'en suis certaine et c'est pour ça que je tiens à t'éloigner. Tôt ou tard, ils comprendront que ça n'a pas bien marché, puisque tes rêves, eux, et tes cauchemars, sont restés gravés en toi. Et que tu recherches malgré toi ce qui a pu arriver. C'est par toi, certainement, qu'ils ont mis un œil sur moi. L'apparition des hommes de la M.B. en est la preuve ! pense à ton père. Je crois qu'ils n'ont pas encore la technologie suffisante pour " lire " tous tes souvenirs, mais ça paraît mal parti pour moi ! ils ont dû retrouver des traces de nos conversations et en déduire que je suis un " élément perturbateur ".
Laënda, quoi qu'il arrive, tu ne dois pas tomber entre leurs mains car ce que tu détiens est bien plus important que tu ce que tu pourrais imaginer. Cette puce ne doit pas leur parvenir, ni le collier. Je ne sais pas suffisamment de choses pour leur être utile, mais je suis un élément perturbateur et ils ne peuvent l'accepter. Je t'en prie, fais tout ce qui est en ton pouvoir pour t'échapper. Ceci te sera certainement utile :
P04387150649018 23701535281257.
Apprends ce numéro ou trouve le moyen de le garder discrètement sur toi. En cas de danger, tu pourras l'utiliser pour trouver de l'aide. Mais n'oublies pas la phrase : vous m'avez promis de venir ce soir. Et n'oublies pas Orée : elle est peut-être ta seule chance de passer les tests d'identité. Tu ne l'as peut-être pas encore remarqué mais nous sommes surveillés en permanence. Tous. Partout. Tout le temps. Dans la rue, lève la tête. Tu verras passer, de temps à autre, comme un léger filet de brume. Ce sera une de ses machines.
Une dernière chose : n'oublies pas le flacon d'anti-rejet. Et garde précieusement ce que je t'ai donné. La puce et le collier.
Merci, Laënda. Je sais que tu as peur. Mais je sais que tu préfèreras fuir plutôt que de à vivre avec une illusion qui ne tient plus. Bonne chance. Tu es assez maligne pour t'en sortir, beaucoup plus que moi.
Je clignai des yeux. Etrangement, j'étais comme anesthésiée. Je ne ressentais plus rien. Juste un peu de fatigue. Soudain, je pris peur : j'étais dès maintenant dans l'illégalité la plus totale : j'avais rêvé, j'avais lu des livres interdits, pris contact avec une envoyée d'un groupe interdit et je conservai des données illégales. Il ne fallait pas qu'on les trouve. Je réfléchis un instant. Mon journal n'était plus sûr et Kal leur dirait ce qu'il savait... à moins que j'efface les pages de sa mémoire. Je me mis immédiatement au travail connectant mon ancien journal au nouveau, qui avait également la possibilité de recevoir des informations par puces. Le texte passa rapidement de l'un à l'autre et je fermai mon journal aux pages dorées. Le système était digital : il suffisait d'appliquer sa main droite sur la couverture. J'effleurai du doigt le collier à la pierre bleue et le contemplai dans un miroir. Je n'avais jamais vu de pierre pareille. Elle semblait... irréelle.
Je ne devais pas vraiment réaliser tout ce que j'avais lu à ce moment-là. Ce n'est qu'au moment de dormir, en prenant place entre les pétales, que je mesurai ce que cela voulait dire. Mais le cocon ronronna et je m'endormis sans même m'en apercevoir.
Par Lefélinbleu, Jeudi 29 Novembre 2007 à 00:06 GMT+2 dans Nouvelle 4 - Mémoire interdite (article, RSS)






