Le dernier cadeau de Trélia
Suite de "Mémoire interdite", la nouvelle 4...
Trélia a promis de tout expliquer à Laënda, de lui confier des affaires utiles pour sa fuite et sa quête de Mémoria. c'est l'anniversaire de Laënda, elle doit partir très bientôt, dans un jour ou deux...
Trélia arriva avec Ærion. Ils s'étaient associés pour m'acheter un cadeau, grand comme un livre et qui se glissait dans une poche -en fait, c'était lui qui avait presque tout payé-. Je n'avais pas la moindre idée de quoi il s'agissait. Visiblement, Trélia allait mieux : les cernes avaient bien diminué et ses yeux bleus brillaient. J'avais quand même un petit pincement au cœur en pensant qu'ils étaient venus ensembles...
[...]Sur la table de verre trônait le globe lumineux que j'adorais. Il changeait de couleur et illuminait la pièce de mille tons chatoyants. Un petit malin avait trouvé comment l'allumer (il suffisait de tapoter trois fois sur le dessus) et avait éteint la plupart des lumières. Le temps avait vite passé, mais j'en repris conscience quand le globe s'alluma. C'était l'heure H : le gâteau et les cadeaux. Il faisait assez sombre et j'en profitai pour me glisser près d'Ærion, lorsque je sentis deux mains fines passer autour de mon cou un collier. Un gorgerin d'argent pur prolongé d'une pierre d'un bleu des abysses.
" Trélia ? chuchotai-je.
- Oui, c'est moi. Bon anniversaire, Laënda ! "
Chacun se précipita alors sur le cadeau qu'il avait apporté pour me l'offrir. Au milieu de la cohue, j'entendis pourtant très nettement les paroles de Trélia :
" C'est un objet auquel je tiens beaucoup, mais il t'ira mieux qu'à moi. Et il renferme aussi un secret, dans la pierre bleue. C'est une pierre à l'histoire très mystérieuse... "
Mais elle n'en dit pas plus et s'éloigna. Je tendis la main pour la retenir mais elle n'était plus là. J'étais au centre d'un grouillement et elle en était sortie. Pourtant, j'avais tort de m'inquiéter. Deux secondes plus tard, elle revint pour m'offrir le cadeau qu'elle et Ærion avaient choisi. C'était un journal digital, présenté comme un livre, qui fonctionnait avec un stylet et une gomme -et non pas à voix, pour faire ancien. Je fus soufflée ! il avait dû coûter cher !... je les embrassai, folle de joie et riant comme une enfant. Ærion semblait très heureux de m'avoir fait ce cadeau. Il savait par Trélia que j'avais un journal, mais celui-ci était un exemplaire magnifique. Les tranches des pages étaient mêmes dorées, comme certains vieux livres que l'on voyait en photo dans les archives. Je n'avais pas espéré un tel cadeau... de tous les présents, ce furent ces deux là, le journal et le collier, les plus précieux et les plus beaux à mes yeux. Eux étaient des cadeaux très personnels. Ils étaient magnifiques et leur valeur en était accrue.
Bien sûr, cela ne m'empêcha pas de livre les bandes dessinées de la nouvelle émission réalité, ni de jouer aux jeux de course spatiale et d'exploration... du moins pendant le court laps de temps dont je disposais. Mais en réalité, ce n'était plus tellement cela qui m'intéressait...
Le soir même, trois heures avant d'aller dormir, je m'allongeai sur mon divan, le journal dans mes doigts. Il était vraiment magnifique. Ma gorge était impeccable : plus aucune rougeur ni de sensation désagréable. Trélia devait avoir raison pour ces vitamines. Je passai la main sur mon cou pour m'assurer que tout était normal... je sursautai en sentant un objet froid : j'avais presque oublié le collier que Trélia m'avait offert. Je suivis la ligne pure et arrivai à la pierre, la saisissant entre me doigts. Quelque chose me parut étrange. Elle était trop épaisse au toucher. J'enlevai le collier avec précaution et regardai : une puce mémoire y avait été collée. Etait-ce le message promis ?... les mains tremblantes, je saisi un coupe-papier et fis sauter l'objet qui roula sur la moquette. Deux minutes après, la puce était installée dans le lecteur de mon journal -il n'était pas connecté au réseau.
Un texte apparut, chiffré dans un alphabet étrange. Un mot de passe était demandé. Sans réfléchir, je composai " Mémoria ". Une légère vibration et l'alphabet fut remplacé par le nôtre. Je vis des mots changer de place, des lettres s'inverser... il s'agissait de la désactivation d'un système de brouillage. J'en eus le souffle coupé. Finalement, le texte arrêta sa métamorphose. Il s'était transformé en plusieurs textes immenses... Je me mis à lire le premier. C'était un livre court : " Passé interdit ". Un vrai livre. Un des livres interdits. Un livre terrifiant sur une société de contrôle absolue. J'eus plusieurs fois l'envie de le repousser, mais la curiosité l'emporta. La fin tragique me rendit très mal. Après avoir achevé, la tête remplie d'images encore étrangères, je m'étendis quelques minutes. J'éteignis la grande lampe et allumai la veilleuse.
Notre société... elle ne semble pas comparable à celle-ci mais le principe est le même : contrôler de manière absolue, en contrôlant les pensées. Sauf que " là-dedans ", c'est par les connaissances et nous... par la mémoire.
Etrangement, je ne regrettai pas de l'avoir lu, même si les frissons glacés qui me secouaient me montraient le prix à payer. Je me remis péniblement à lire. Une courte " nouvelle " suivait : " l'assassin n'était pas sur les lieux ". Un " roman policier " comme il était indiqué. Puis, une nouvelle drôle, sur la vie d'un jeune couple du XXème siècle : " mais qui donc va garder Uly ? ". Elle me fit tellement rire que j'en oubliai la peur qui avait précédé. Puis, philosophie, fantastique, horreur, théâtre et poésie. Je lus tout, me gavant les yeux et l'esprit, ne sentant plus le temps passer. Le dernier récit fini, je clignai des yeux : il y avait de la musique. Dix titres. De tous genres. Je les écoutai tous, tentant de les graver dans ma tête. Même ceux qui m'émurent moins me furent précieux. Je croyais avoir fini, mais ce n'était pas le cas : il y avait également un post-scriptum. De Trélia.
" Futura et la Milice Blanche. Les douze jours de Laënda, ou la mémoire interdite. "
Je sursautai, comme piquée par un frelon. Mais il était trop tard pour oublier : mes yeux parcouraient les lignes, tout ce que j'avais découvert peu à peu, mes aspirations à autre chose, ma passion des mondes imaginaires, de la musique ancienne, qui était interdite... dans ma tête bourdonnante, les éléments du puzzle tournoyaient et s'imbriquaient les uns dans les autres... jusqu'à ce que je comprenne ce qui s'était réellement passé.
Mes cauchemars n'étaient que le reflet de la vérité.
A suivre : les révélations de Trélia dans le post-scriptum.
Par Lefélinbleu, Vendredi 23 Novembre 2007 à 12:44 GMT+2 dans Nouvelle 4 - Mémoire interdite (article, RSS)






