Intrusion menaçante...
Suite de la nouvelle 4, "mémoire interdite"...
Les choses se précipitent. Laënda sent bien que tout son entourage lui cache des choses. Tout tourne autour des douze jours qu'elle a perdus, mais cela ne vient probablement pas d'une maladie ni d'un choc...
Trélia va enfin l'aider, commencer à dévoiler la vérité qui régit leur monde.
Mais, déjà, leurs adversaires tapis dans l'ombre sont prêts à intervenir...
Je me rongeai les ongles, l'aiguillon de l'angoisse implanté en moi. Et qui me faisait mal. Mais c'était pas possible !... pourquoi ? Encore un mensonge ! Décidément, depuis mercredi dernier, j'en voyais fleurir partout ! ...à commencer par ceux que j'avais fait. La voix de Maryse me parvint, très lointaine... comme une automate, je me débarrassai de mon peignoir et enfilai ma combinaison de nuit. Puis je mis mes chaussures du soir, très légères, elles me collèrent aux pieds comme une seconde peau. Mais cette fois, je ressentis un léger malaise. Qu'est-ce que je contrôlais de ma vie ? Est-ce que je contrôlais au moins quelque chose ?... pouvais-je seulement comprendre ce qui m'arrivait ? Et ces mensonges... Futura les déconseillait fortement, Elle les jugeait dangereux (il valait mieux se taire). Il semblait que j'avais jusqu'alors ignoré leur existence dans la mienne...
Je réfléchis à nouveau. Ma démarche n'était pas appropriée : maladie mentale ne signifiait pas fièvre, mais plutôt trouble de la personnalité. Or, apparemment, mon comportement n'avait été anormal que pendant les douze jours. Mon père m'avait dit que tout était rentré dans l'ordre, mais seule ma mémoire avait été affectée ! Une maladie qui supprimerait la mémoire ?... non ! ce n'était pas l'amnésie, on me l'aurait dit. Justement, papa avait éludé la question. Comme s'il était gêné... je repoussais d'instinct l'idée d'une déstabilisation mentale, mais le problème restait entier. Si ce n'était pas moi qui posait problème, cela venait forcément des autres ! Et donc... on m'avait bel et bien menti ! Et si les mensonges n'étaient pas aussi rares que Futura voulait bien nous le faire croire ? Comme j'étais naïve de croire que tout était aussi simple ! je ne savais pas grand-chose... pourtant, cela me semblait déjà trop !
Qui, maintenant, pourrait réellement m'aider ?
" Trélia ! "
Je l'avais forcée à s'arrêter, mon regard planté dans le sien. Elle ne pouvait pas entrer dans le cocon qui lui était réservé puisque que je me tenais devant ! Elle consentit à me parler. Ce fut avec douceur et je pus lire un certain soulagement dans ses yeux.
" Enfin ! Tu... m'invites à ton anniversaire ? "
La question me déboussola. Je ne savais pas quoi penser : il fallait que je sache et je m'étais alors précipitée vers elle. Trélia et moi, même en cas de brouille, nous pouvions toujours compter l'une sur l'autre pour résoudre des problèmes. Je bafouillai :
" Euh, je ...oui, c'est ça ! ...enfin, il y a autre chose.
- Alors Laënda, sais-tu ce que veut dire rêver ?
- Oui. Je le sais maintenant. Et tu le savais toi, que quelque chose clochait ! "
C'était évident ! tellement évident que je méritais des baffes pour avoir boudé ! Andouille !
Elle ferma les yeux un instant. Ses yeux maintenant entourés de marques noires. Elle devait certainement les cacher avec de la crème, le jour, car je ne les avais jamais vues aussi énormes. Trélia surprit mon regard et me sourit.
" Ah ! Laënda... pourquoi crois-tu que je ne t'ai pas parlé pendant plusieurs jours ?... sinon pour te remettre un peu en situation désagréable et te faire réfléchir... Tu m'avais dit que tu fuyais trop souvent tes problèmes, je vois bien que c'est vrai ! Ne cherche pas dans ta mémoire, tu ne retrouveras pas ce souvenir. Il fait désormais partie des mémoires interdites... non ! Ne dis rien, on pourrait nous entendre ! "
Autour de nous, les autres commençaient à se dire " bonsoir " et tarder trop longtemps paraîtrait étrange... je baissai la voix et nous nous rapprochâmes de son cocon.
" Mémoires interdites ? Trélia, j'ai souvent du mal à comprendre de quoi tu parles, mais là c'est encore pire. Qu'est-ce que tu-
- Ne te fais pas plus bête que tu n'es ! Secoue-toi un peu ! Tu as parfaitement compris... Pendant les douze jours dont tu ne te rappelles rien, il t'est arrivé beaucoup de choses. Trop peut-être. J'ai un message à faire passer, Laënda, mais je ne peux pas le faire seule, tu comprendras après-demain soir. Je t'expliquerai tout. Mais pour l'instant, essaye de ne pas trop stresser ! tu m'entends ? c'est très important. Ils m'ont déjà repérée, Ils savent que je dors très peu désormais, Ils se doutent que je rêve de temps à autre et-
- Moi aussi j'ai rêvé ! " la coupai-je.
Je lui racontai alors mon rêve et elle blêmit. Elle monta sur le pétale bleu abaissé et se retourna pour me dire une dernière chose. Sa voix tremblait.
" Laënda... n'oublie surtout pas ce que tu as... vu. Je crois que... je crois que c'est un de tes souvenirs, quelque chose qui s'est réellement passé pendant ces douze jours ! "
Je marchai jusqu'à mon cocon, assez proche du sien, ôtai mes chaussures et y montai. Le pétale était très doux et s'enfonçait légèrement sous mes pas. Je m'allongeai à l'intérieur, les pensées envahies par mes problèmes. Ma gorge me brûlait. J'avais envie de m'arracher la peau. Je fermai les yeux et me retrouvai au centre d'une spire qui m'entraînait loin, très loin de tout. Je voulus les rouvrir pour échapper à cette sensation grâce à la veilleuse réconfortante, mais j'étais déjà somnolente. Le sommeil me prit presque instantanément.
Je me réveillai peu à peu, lasse et aspirant à me reposer encore. Levant la tête par réflexe, je butai dans la douce paroi : le cocon n'était pas ouvert.
" Hé mais ! Qu'est-ce que-... mais tout le monde dort encore ! "
Autour de moi, les autres jeunes de dix-sept ans étaient allongés et semblaient dormir profondément. La salle était à moitié plongée dans l'obscurité, l'éclairage était en veilleuse. Je sentis immédiatement que la situation était anormale. Je regardai ma montre, par réflexe...
Fura ! 7h10 ! Je me suis réveillée en avance ! Comment est-ce possible ?... idiote ! Tu as dormi hier près d'une demi-heure ! La voilà l'explication...
M'appuyant sur les coudes, je me tournai sur le côté droit, les yeux vers l'entrée. C'est alors que je les vis pour la première fois. Les cocons me les masquaient à moitié et l'obscurité m'empêchait de distinguer davantage que des silhouettes... mais il y avait bien des gens sur la passerelle. Je me mis lentement sur les genoux et je rapprochai de la paroi, évitant de trahir ma présence.
Qui sont-ils ? D'où viennent-ils ? Qu'est-ce qu'ils veulent ? Et pourquoi venir avant le réveil ?
Ils avançaient rapidement, à pas feutrés. Ils semblaient compter les cocons. L'un d'eux les intéressa. À l'intérieur se trouvait une petite forme ramassée sur elle-même. Ils se rapprochèrent du réceptacle et l'un d'eux tendit la main pour pianoter sur le compteur raccordé.
Mais c'est celui de...
" Trélia ! "
Ils sursautèrent et se tournèrent vers moi. Effrayée, je me plaquai au sol, le souffle court. Seuls six cocons me séparaient d'eux ! J'entendis un bruit de pas et je fermai les yeux de toutes mes forces. Un frisson me glaça le dos. Mon cœur battit de plus en plus vite et mes temps se mirent à bourdonner. Le silence revint mais je ne bougeai pas. J'ignore combien de temps je restais immobile, paralysée. Ma tête me faisait mal...
Par Lefélinbleu, Mardi 25 Septembre 2007 à 21:23 GMT+2 dans Nouvelle 4 - Mémoire interdite (article, RSS)






