La cité des dauphins, histoires policières de science-fiction et chroniques légères

Les iris bleus fixaient le néant...

Un extrait de la nouvelle en cours (nouvelle 7 alias roman 3 : "pulsar en tête" ?).
Des morts étranges, un peu partout... Quel est le lien qui les relie ?

    C'était une femme rousse, à la démarche vive et assurée. Même de dos, son assurance était visible. Le noeud de son chignon, la coupe chic et indémodable de son vêtement, son porte-documents en cuir annonçaient la cadre dynamique et volontaire. Elle ne regardait pas les gens et marchait droit devant elle, sans hésitation. Le dédale du métro n'avait pas de secret pour ce genre de femme.

   Sept heures du soir, l'heure de pointe. Elle monta dans une rame bondée, regardant avec soin où elle mettait ses talons. Les écouteurs sans fil reliés à son multifonction, elle prenait la chose avec philosophie. Chaque matin et chaque soir... Les voyageurs se pressèrent à la station suivante et elle se sentit mal à l'aise. Toujours cette sensation d'étouffement, de claustrophobie qui revenait. Quoi de plus normal puisqu'ils étaient serrés comme des sardines ?... Alors que la rame s'ébranlait avec douceur, la femme rousse se sentit de plus en plus mal.

De l'air ! De l'air, vite !

   Elle s'affaissa soudain, tête baissée. Sa serviette tomba sur le plancher. Le voyageur derrière elle grommela quelques mots. Elle ne bougea pas, ne dit rien. Un mouvement plus brutal du wagon renversa sa tête sur l'épaule du voisin. L'homme sursauta avec horreur : le regard de la femme était vitreux, d'une fixité de mort.

[...]Chambre froide. Un nouveau corps était introduit dans un compartiment propre. L'employé rangea Erno dans la case qui portait temporairement son nom et ressortit. La mort ne l'effrayait pas, il la cotoyait tous les jours, sous toutes ses formes et la chair d'Erno ne montrait aucune souffrance. La nuit était tombée et il était content de rentrer chez lui. C'est alors que, dans le couloir, il croisa sa femme, assistante au bloc d'opération.

" Eh bah ? T'es encore en blouse ?
- Je sors d'une opération de dernière minute. Encore un AVC.
- Tiens ! Le client que je viens de déposer au frigo, c'était de cette nuit. Mort de la même chose. C'est une épidémie ?
- M'en parle pas ! J'étais déjà sur ce type-là ce matin et voilà une rouquine ce soir. L'air aussi irrécupérable. Ce brave chirugien veut quand même tenter de dégager l'artère. Laisse tomber ! Malgré la gelée du corps, fichu aussi. Le centre de commandemement a été touché. Cerveau plombé, coeur calé.
- Pauvre docteur Delloc. Pas une bonne journée on dirait.
- Non. Enfin !... C'est la vie... "

   Dans la salle d'opération, le chirurgien finissait de ranger ses instruments avec une autre aide.

" Laissez cela et rentrez, il n'y a plus rien. Appelez-moi le mari de Sophia pour mettre le corps au frais.
- Bien docteur. "

   Resté seul quelques instants, Delloc regarda le visage de la femme aux cheveux roux. Aussi calme que l'homme du matin.

" Pauvre femme... Elle était si jeune. "

   Derrière les paupières closes, les iris bleus fixaient le néant. Elle aussi était déjà loin.

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