La cité des dauphins, histoires policières de science-fiction et chroniques légères

Quelque chose a changé en moi...

   [...] Trélia et moi, nous sortîmes séparément de la salle de classe. Les planètes tourbillonnaient encore dans ma tête. Je ne l'avais pas le moins du monde oubliée, mais quelque chose m'empêchait de lui adresser la parole. J'étais à la fois insatisfaite et mécontente.

Suite de la nouvelle 4, mémoire interdite...

Insatisfaite parce qu'elle ne me disait pas ce qui n'allait pas et mécontente parce qu'elle semblait en savoir long sur ce qui m'était arrivé... et qu'elle me le cachait ! alors que j'étais la première concernée ! Par-dessus tout ça, j'étais aussi furieuse contre moi-même (mais ça, je ne voulais pas me l'avouer). Je " boudais ", comme une gamine sans cervelle... par la suite, j'ai amèrement regretté de ne pas avoir pris plus tôt au sérieux ce qui m'arrivait.

   Le cours se termina. Ma gorge me grattait de nouveau, c'était pire qu'avant.

Allez ! une cuillère de miel et adieu le mal de gorge ! en attendant, il faut rentrer...

   Je traînais pour sortir de la classe dans les derniers, je n'avais pas envie de parler à qui que ce soit. Oublier, oublier tout ce qui m'était arrivé. Papa, la " maladie " qui n'existait pas, douze jours, Trélia, perte de mémoire, journal effacé, les cernes sous les yeux, papa, mensonge, mon bras... J'enfilai ma veste gris argent (que Trélia m'avait offerte) par-dessus ma combinaison bleu marine et me nouai une écharpe thermique autour du cou. Elle avait la particularité de changer de couleur selon le temps qu'il faisait et prenait à ce moment une teinte d'un vert laiteux.

" Laënda ? "

   Je me tournai vers mon professeur, femme vieillissante qui tentait de se rajeunir par tous les moyens. Mais outre ses déplorables efforts de maquillage, j'avais surtout remarqué qu'elle était pleine de bon sens et nous donnait toujours de bons conseils. J'avançai vers elle. Visiblement, elle avait raté sa coloration épidermique : son visage présentait des traces plus ou moins orangées.

" Oui ?
- Je voulais vérifier que tu allais mieux. Ton... état semblait empirer. "

Alors, elle aussi sait quelque chose...

" Si vous voulez vraiment le savoir, commençai-je prudemment, je ne peux pas vous donner de réponse : je crains d'avoir perdu la mémoire. Probablement des suites de cette... maladie, vous ne croyez pas ? "

   Elle sursauta puis eut un sourire forcé.

" Oui... certainement. Si tu as des problèmes, n'hésite pas cette fois : je serai heureuse de t'aider.
- Merci, mais je crois que tout va bien maintenant.
- Laënda ! j'ai bien vu que tu ne parlais plus à Trélia. Vous vous êtes disputées ?
- Non, non... c'est parce que... (que répondre ? une réponse, une réponse, vite !) j'ai mal à la gorge et parler me fait mal ! et... Fura ! je vais être en retard ! Excusez-moi, il faut que j'y aille. "

   Je sentis son regard pénétrant fixé sur moi et j'eus peur qu'elle sente que je mentais.

" Humm, va-y. Mais essaye de ne pas utiliser ce nom de Futura comme tu le fais, même en abréviation...
- Oui, excusez-moi... "

   Elle me dévisageai toujours et cela me mettait mal à l'aise. Je lui dis rapidement au revoir et sortis dans le couloir et me précipitai dans l'ascenseur le plus proche. Il était vide, une chance. Je m'adossai à la paroi de verre, face à l'écran lumineux et composai le code du rez-de-chaussée.

000. Allez, dépêche-toi !

   En trois secondes seulement, la cabine descendis les 100 et quelques étages de ce monstrueux bâtiment et je me retrouvai dans le hall. J'eus du mal à réaliser que j'avais menti une seconde fois, dans la même journée. Un record ! La facilité avec laquelle j'avais menti me laissait perplexe. Je l'avais fait quasiment... " par réflexe ". C'était assez incroyable ! Je ne me sentais même pas coupable, alors que j'aurais dû... Peut-être était-ce en rapport avec mon " blanc " de douze jours... pourquoi toutes ces choses étranges m'arrivaient-elles depuis quelque temps ? Je n'avais rien demandé à personne, j'étais très bien avant...

   J'avais trop tardé : il n'y avait plus personne dans le hall. La rue, face à moi, était au contraire bondée. Je consultai ma montre. 16h08. En fait de retard, je pouvais bien rester encore une heure avant de rentrer.

Pourquoi ne pas en profiter pour faire du lèche-vitrines ? Ça me changera les idées...

   Je me sentis soudain détachée de ce que je voyais, comme si j'y étais étrangère. Je me retournai vers l'école, hésitant à rester un peu. Je pouvais toujours aller rejoindre Milla à la salle d'études, mais...

Quelque chose a changé, ici...

   Le hall me semblait différent. Pourtant, passerelles et tubes de verre des ascenseurs étaient toujours à la même place, de même que les points d'informations et les bornes publiques de visiophone. Même les plantes et les coins repos pour étudiants n'avaient pas changés. L'endroit était désert... j'étais seule. Le silence qui régnait m'oppressait étrangement... je connaissais cette école depuis longtemps, pourtant ! je n'aurais pas dû me sentir mal à l'aise...

Je deviens vraiment dingue ! qu'est-ce qui pourrait m'arriver ici ?

   Je compris soudain ce qui m'arrivait. Ce n'était pas l'endroit. C'était moi. Il s'était passé quelque chose qui m'avait affectée, qui m'affectait encore, qui faisait que je n'était plus la même alors que rien n'avait changé autour de moi. Je ne me sentais plus en sécurité, comme si un danger inconnu pouvait fondre sur moi d'un instant à l'autre... la gorge nouée, je me détournai et quittai le hall rapidement.

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