La cité des dauphins, histoires policières de science-fiction et chroniques légères

Douze jours perdus...

Laënda ne comprend plus ce qui lui arrive. Sa meilleure amie, Trélia Lorin, se comporte de façon agressive et semble très fatiguée. Mais, dans le monde de Laënda, seuls les névropathes ont du mal à dormir car les cocons à sommeil veillent à notre bien-être.
De plus, Laënda a oublié tout ce qu'elle a vécu les jours précédents... Que lui est-il arrivé ?

   Après le repas, passablement secouée par ce que j'avais appris, j'allai dans ma chambre. C'était une petite pièce agréable où je ne dormais que pour les week-end et les vacances, dans un cocon identique à celui de nos dortoirs -sauf qu'il était posé sur un faux parquet. Elle n'avait pas de fenêtre mais un mur écran sur lequel je pouvais afficher n'importe quoi, ou encore avoir une vue imprenable sur un paysage de mon choix. Toutes ces images étaient disponibles grâce au relais image implanté dans le mur juste à côté, en réalité une sorte de terminal d'ordinateur. 
   Je possédais également un bureau à l'ancienne mode, très solide et très épais. Un vrai bureau, en bois et avec quatre tiroirs, dont un sous la tablette d'écriture. Mes parents l'avaient récupéré chez un brocanteur. J'en étais fière. Mais ce n'était pas cela qui me préoccupait. Je plongeai une main sous le tiroir principal. Rien. Je m'allongeai sur le sol. Face à moi, il n'y avait que le bois : ce que je recherchais n'y était pas.

" Bizarre !... d'habitude il est ici. J'ai dû le changer de place la semaine dernière ! Fichue mémoire... "

   Le mot mémoire me fit suspendre mon geste. Mais retrouver mon journal était plus important et je chassai mes mauvaises pensées. Me relevant, j'ouvris le tiroir : l'aimant qui le retenait normalement était bien là, lui. Finalement, je le retrouvai sous mon divan. C'était un mini journal magnétisé et, dans son genre, assez primitif...

Etrange... c'est bien la dernière cachette à laquelle j'aurais pensé. C'est trop simple ! Après tout, je l'ai peut-être jeté là quand quelqu'un est entré dans la chambre...Fini le mystère ! Je vais savoir.

   J'allumai mon journal et regardais les commentaires des derniers jours (car j'écrivais tous les jours, sans exception).

" Nnn... fête d'anniversaire chez machin, nnn... exam. de samedi, nnn... allez, où est le dernier ? "

   Mais je venais de lire le dernier : la date remontait à près de... deux semaines ! Douze jours, en fait. Et, selon Maryse, je n'avais pas été comme d'habitude pendant une dizaine de jours...

" Ça c'est vraiment étrange ! Comment est-ce que j'ai pu oublier d'écrire pendant douze jours ? Peut-être à cause d'une chose qui s'est passé pendant ce temps... "

À moins que...

   Une idée folle me trotta dans la tête. Assez inquiète, je passai en revue les derniers changements (enregistrés automatiquement) afin de me ressouvenir de ce que j'avais fait. Ils étaient anodins : ‘Frappe', ‘Annuler frappe'... Soudain, un cri de surprise m'échappa : la toute dernière modification était ‘effacer les pages 32 à 40'. Il en manquait huit, supprimées ! Disparues ! Et la corbeille virtuelle était vide ! Je bredouillai :

" Kal... (le nom de mon journal) Kal, où sont passées les pages 32 à 40 ?

- Quelles pages 32 à 40 ?

- Arrête de me taquiner ! réponds-moi, c'est très important...

- Je ne peux pas répondre à cette question. J'ignore la réponse.

- Hein ! ?... Alors, sais-tu au moins qui les a supprimées ?

- Je ne peux pas répondre à cette question. "

   Là, je restai complètement abasourdie. Je ne me rappelais pas avoir tant écrit, mais pas non plus avoir supprimé des pages : je ne le faisais jamais. Pourquoi aurai-je changé d'avis ? Et huit pages... douze jours... je me jetai sur mon petit divan, recouvert d'un fin tissu imitant des feuilles d'automne, et appelai Maryse. Elle arriva, petite humaine d'acier munie d'une trousse de coiffeuse, soutint ma tête et se mit en devoir de défaire ma natte pour peigner mes longs cheveux blonds. J'essayai de retrouver mon calme. Mes tempes me faisaient encore mal, signe évident de grand stress. Ma tête me lance toujours dans ce genre de situation. Je reconnaissais bien le symptôme alors qu'il n'apparaissait pourtant que très rarement dans ma petite vie " pépère ".

" Maryse, si ce n'est pas moi, sais-tu qui a effacé les pages de mon journal ?

- Non, Laënda, dit-elle de sa voix chantante, mais cela a pu se produire alors que j'étais branchée pour reprendre des forces. Ou pendant la nuit. Et la nuit, tu sais bien que je dors pour économiser mes batteries. Enfin, pas comme toi, mais...

- Bien sûr...

- Par contre, je sais que tu devrais être sous la douche à l'heure qu'il est : tu risques d'arriver en retard. "

   J'étais en train de contempler le mur crème derrière mon bureau, couvert de photos de la classe et de mes parents. Maryse me rappela brusquement à la réalité.

" En retard ! Ce serait une catastrophe ! Cette année, aucun retardataire n'a encore été recensé... je serais punie si je...

- Rassure-toi, tu as le temps. Je ne t'ai dit cela que pour te faire peur...

- Maryse ! "

   Mais je l'aimais bien et je lui gardais pas rancune des petits tours qu'elle me jouait, de temps en temps. Toutefois, cette histoire me préoccupait. De plus en plus. J'avais le sentiment qu'une chose très grave s'était produite...

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