Nouvelle 4 : Mémoire interdite
Ne penser à rien...
Trélia se recroquevilla un peu plus dans le cocon protecteur.Je suis fatiguée, si fatiguée. Pourquoi continuer ? ...
Un léger bruit la tira de sa réflexion, celui du cocon turquoise qui s'ouvrait en deux : le temps était écoulé. Elle releva la tête, puis se mit debout et enjamba le bord de sa cellule qui se referma aussitôt et vira au pourpre.
Elle était jeune, dix-sept ans, des cheveux bruns foncés et des yeux bleus que des cernes noirs et profonds accusaient. Elle ne dormait plus depuis deux jours. Autour d'elle, des dizaines de cocons s'ouvrirent et des jeunes gens en sortirent. Tous en combinaison bleu ciel, qui les recouvrait du cou jusqu'aux chevilles et aux poignets. Riant et bavardant entre eux, les cheveux embroussaillés mais en pleine forme, ils mirent leurs chaussures légères, placées à côté de chaque cocon. Puis se dirigèrent vers un coude qui menait aux téléporteurs, quelques vingt-cinq mètres plus loin. Un appareil invisible remplissait la salle de gazouillis d'oiseaux et du bruissement des feuilles d'une forêt.
Trélia ne regarda pas autour d'elle et laissa ses yeux dans le vague car elle connaissait ce décor par cœur. Pourtant, la salle était immense et impressionnante. Les jeunes gens se trouvaient sur une large passerelle vert irisé. De chaque côté, un peu au-dessus du garde-fou, 50 cocons se trouvaient alignés. Tel un miroir, un mince espace vide séparait ces cellules d'autant d'autres de l'autre côté. Tous les soirs, ces 100 réceptacles rougeâtres viraient au bleu et s'ouvraient en deux comme des fleurs : l'un des pétales turquoises restait immobile tandis que le second pivotait jusqu'à toucher le sol et servait d'escalier. Chaque soir vers 22h30, les gens du monde entier gravissaient les marches de leur cocon afin de s'allonger en son centre. Alors, en un doux froissement, le pétale abaissé reprenait sa place initiale pour le clore hermétiquement jusqu'au matin, comme une rose s'endormant à la nuit tombante. Mais il ne faisait noir que lorsque tous étaient endormis. Une veilleuse éclairait faiblement dans la salle des cocons jusqu'à ce moment.
Tout est pastel ici... C'est beau et simple.
Une tige fixée à son col vibra et elle en fixa l'extrémité à son oreille.
Un message...sûrement encore le même.
" Vous n'avez pas dormi de toute la nuit. Depuis le 17 de ce mois, vous n'avez pas réalisé votre temps de sommeil. Ce comportement est grave. Malgré les soins qui vous ont été prescrits, votre état ne semble pas s'améliorer. Selon toute logique, vous devriez vous rendre immédiatement dans un centre de surveillance médicale. "
L'antenne se rétracta. Un oiseau se distingua des autres et Trélia reconnut un rossignol.
Belle journée...
Elle baissa la tête vers le sol vert tendre qui lui renvoya son image et ferma les yeux devant ce qu'elle voyait. Rien n'allait. Elle perdait des forces chaque jour... De plus en plus. À tel point qu'elle n'avait plus peur de quoi que ce soit. Tout cela était de sa faute, bien sûr, mais elle ne voulait pas être enfermée dans un centre de soin pour cela. Pourtant, c'était ce qu'elle aurait dû souhaiter. Et elle le savait.
NB : Ceci n'est que l'introduction du récit, l'héroïne apparaîtra juste après.
Par Lefélinbleu, Lundi 14 Mai 2007 à 19:42 GMT+2 dans Nouvelle 4 - Mémoire interdite (article, RSS)







