Bas les masques !
Alexor restait toujours maître de lui, mais ses mouvements et ses expressions étaient devenus moins naturels.
" D’autre part, dit Fïndril, c’est du bon débarras : toutes les victimes avaient la conscience lourdement chargée…
- C’est un procédé expéditif, tempéra la brune, mais elles ne recommenceront pas. Savez-vous que c’est à elles que l’on doit la propagation de ce nouveau virus dans les bas-fonds ?
- Non !… je l’ignorais. Quelle étrange affaire !
- Eh bien voilà… vous êtes au courant ! fit Ralian, qui s’énervait visiblement.
- Comment ? je-
- J’en ai assez de cette couverture ! éclata Ralian. Nous sommes Enquêteurs, soit, mais également des amis de Virian. Vous comprenez ce que ça veut dire ?
- Je, non… "
Le front du psychiatre perlait de sueur.
Parfait, pensa Médraline. Il est à point. Va-y, Ralian.
" Voilà : vous devez mourir aujourd’hui. C’est Virian lui-même qui nous a dit que vous êtes le numéro 15.
- 9 vous a dit ça ? ! ! "
Alexor se leva, abasourdi. Son regard révélait enfin la peur qui croissait depuis l’arrivée des Enquêteurs. Puis il sentit qu’il avait été joué et esquissa un mouvement de fuite, vite rattrapé.
" Allons, souffla Fïndril, ne vous mettez pas dans cet état (il lui agrippa l’épaule, le tournant vers lui soit dos à Ralian). Ça va bien se passer, nous sommes là. "
Tout se passa très vite : en un éclair, Ralian se baissa, saisit les chevilles de l’homme et le fit culbuter. Fïndril agrippa les poignets du numéro 15. En même temps, Médraline sortit ses armes. Mais comme celui-ci se démenait comme un diable, elle appuya le pied sur son dos et lui colla le pistolet sur la tempe.
" Plus un geste ! à moins que vous n’ayez envie d’avoir un trou à la place du cerveau… "
Immédiatement, Alexor s’immobilisa. Mais alors qu’ils allaient lui passer les menottes, il dit :
" C’était du bluff ?… comment ai-je pu m’y laisser prendre !
- Ne jamais se surestimer… répondit Ralian.
- Si vous voulez savoir la vérité, dit Médraline, vos petits amis numérotés de 9 à 14 sont sous les verrous. Quant à Nelloré, il n’est pas encore mort et c’est lui qui nous a donné leurs noms dès que nous l’avons arrêté. La propagation de l’épidémie à déjà ralenti depuis dimanche. Nous avons l’antidote, et le VVP ne tuera plus longtemps. Quant à sa vente, elle tombe à l’eau. Vous voyez, vous avez perdu.
- Vous avez raison, j’ai perdu. "
Fïndril allait lui passer les menottes, mais il se débattit furieusement, roula sur lui-même et se dégagea. Les Enquêteurs l’acculèrent près de la baie vitrée, l’ajustant cette fois sans hésitation : s’il faisait mine de s’enfuir, ils le blesseraient ou le paralyseraient immédiatement. Son regard était fier, arrogant, méprisant. Il les regarda l’un après l’autre, la tête haute.
" Alors, c’est vous, le " trio infernal "… Médraline, Ralian et Fïndril, (à Ralian :) votre mèche n’est plus cachée. Hé bien, vous avez raison. J’ai perdu. Tous les quinze, nous avions argent, carrière, prestige (sa voix se fit lointaine, perdue dans ses souvenirs)… tout avait pourtant bien commencé. Ils avaient le pouvoir, les capacités pour devenir riches, célèbres, respectés. Mais moi seul détenait la volonté et la force nécessaire. Sinon, que seraient-ils devenus ? (il prit un air méprisant en regardant dans le vague) de simples cadres, de simples personnes comme les autres, et même pire car ils n’auraient pas utilisé leurs capacités à bon escient. "
Les trois Enquêteurs attendaient toujours qu’Alexor termine, mais ils sentaient qu’il lui restait encore quelque chose à faire: son ton avait maintenant changé, devenu rageur et emporté. Il parlait plus vite.
" Dire qu’un misérable policier a été le grain de sable dans l’engrenage. Et maintenant, à cause de vous, nous n’avons plus rien ! je n’ai plus rien ! Huit sont morts. Et les autres ne valent guère mieux : en prison, déchus, des mots indélébiles dans leur casier judiciaire… Vous avez bien mené votre enquête, je dois le reconnaître. "
Il jeta un coup d’œil derrière lui. Médraline surprit son regard mais ne dit mot et n’abaissa pas son arme. Elle avait compris, tout comme ses collègues. Et elle attendait : Alexor avait choisi.
" Toutefois, je ne serai pas l’un de vos trophées, preuve vivante de votre réussite à l’AEP. Gardez vos menottes, je n’en aurai pas besoin : vous ne pourrez pas prendre ce qui reste de moi, je vous en empêcherai. Vous avez eu mes complices, moi vous ne m’aurez jamais. "
Il se précipita sur la baie vitrée qui se brisa en fragments innombrables et se jeta dans le vide. Les trois Enquêteurs s’approchèrent du vide. Le vent soufflait et les frappait au visage, amenant des flocons dans leurs cheveux.
En bas, tout en bas, un corps vêtu de blanc gisait dans la cour blanche. Près de la tête, quelques gouttes de sang avaient rougi la neige des derniers jours de janvier.
Par Lefélinbleu, Lundi 9 Avril 2007 à 13:28 GMT+2 dans Nouvelle 3 - Un mort se venge (article, RSS)






