La cité des dauphins, histoires policières de science-fiction et chroniques légères

Un vieillard de 35 ans

Nelloré, victime du virus de vieillissment prématuré, avance vers le crépuscule de sa vie. Mais il suit toujours l'enquête, attendant que l'on rende justice et qu'Aranéa paie pour ses crimes. (extrait assez long mais complet)

La prévention de l’AEP fut efficace car immédiate : lorsque le médecin avait rendu son verdict, les heures de bureau n’étaient pas encore écoulées et l’heure du déjeuner venait de passer. De fait, le virus ne s’était pas propagé au-dehors. Il s’était néanmoins fallu d’un cheveu pour que six Enquêteurs ne partent en mission à l’extérieur. Durant le dimanche, des équipes de sanitaires parcoururent l’AEP afin de détecter des traces éventuelles du virus. Les personnes que Médraline avait approchées furent toutes traitées et le virus fut anéanti chez tous les porteurs.

Toutefois, une personne –non contagieuse– ne pouvait plus être soignée : depuis son arrestation, Nelloré s’affaiblissait. Sa rage de combattre ceux qui le tuait lentement ne suffisait plus, car il n’accomplissait plus sa vengeance lui-même. le temps rattrapait maintenant en deux jours ce qu’il avait perdu en deux semaines. De fait, ses joues grisaient et se creusaient. Sa peau présentait maintenant des taches brunes, signe incontestable de vieillesse. Mais malgré cela, il se montrait toujours enchanté de coopérer et de voir le " trio infernal ". Une lueur de vengeance brillait alors dans son regard ordinairement fatigué et faisait ressurgir quelque temps sa force disparue.

Sa condition de détenu était exceptionnelle : il pouvait se promener dans le parc deux fois par jour –surveillé par deux Enquêteurs, évidemment– et se rendre sur le toit. Mais il ne montrait aucune volonté de fuir. Le dimanche, le processus s’accéléra : son dos commença à se voûter. Ses douleurs articulaires, de plus en plus fréquentes, révélèrent l’arthrite. Les jours qui suivirent, ses mouvements devinrent ceux d’un vieillard.

 

Nelloré se sentait fatigué, ce matin du lundi 29 janvier. Il regardait l’horloge murale sur sa droite, qui égrenait vite les secondes de sa vie. Si vite… il lui restait une semaine à vivre, diagnostic confirmé par le médecin de l’AEP qui l’avait examiné. Toujours surveillé, l’ancien policier et ex-tueur se trouvait désormais dans une chambre de la section " soins et observation " de l’AEP.

On frappa à la porte. Le trio qui l’avait arrêté entra. Fïndril avait un pansement sur la joue. Nelloré sourit.

" Comment allez-vous aujourd’hui ?

- Pas mieux qu’avant, hélas… (voyant leurs visages s’assombrir, il ajouta :) ne soyez pas tristes pour moi. J’aurais mérité de guérir avant de devenir un assassin. Mais j’en suis devenu un parce que je ne pouvais pas être soigné. Je savais ce que je décidais, et c’est pour que vous puissiez empêcher la propagation du VVP que j’ai systématiquement emporté les informations de mes victimes avec moi. Maintenant, je ne sais plus très bien où j’en suis… Mais vous, où en êtes-vous ?

- Hé bien, dit Ralian, les numéros 13 et 14 sont sous les verrous. La 14 a été plus difficile.

- Une vraie furie oui ! s’écria Fïndril. Elle pratique le karaté et m’a même griffé !

- Et (oh surprise !) elle faisait ses valises…

- Pour aller où, on se le demande.

- Apparemment, reprit Ralian, pour rejoindre le numéro 15, car tous les transports sont surveillés depuis hier : elle n’aurait pas pu aller loin.

- Médraline, fit Nelloré, avez-vous été débarrassée du VVP ?

- Oui, définitivement. Et, comme vous avez dû l’apprendre, il était contagieux. Ce qui signifie qu’Aranéa a peut-être commencé à le répandre, après avoir effectué quelques tests. À ce propos, l’antidote que nous avons trouvé est en cours de synthèse dans tous les laboratoires que nous avons pu contacter.

- Ils ont tous accepté, compléta Fïndril, et heureusement, car sinon je ne vois pas comment nous pourrions éradiquer l’épidémie.

- Eradiquer… ? comment ? dit Nelloré, et il se redressa davantage, une lueur dans les yeux.

- En débutant dès aujourd’hui une campagne de prévention sur tous les habitants des bas-fonds dans la région contaminée, la partie ouest, plus une campagne générale dans Européa. Malgré ce qui se passe dans les bas-fonds, aucun habitant ne refusera. "

Les bas-fonds étaient en réalité une zone qui suivait les contours du sud de la ville d’Européa, une forme de croissant, au centre plus rond et volumineux. C’étaient les extrémités qui diminuaient chaque année. La partie ouest concernait donc l’extrémité gauche du croissant. Fort heureusement, elle était moins dangereuse.

" La partie ouest ? s’étonna Nelloré, c’est dans le secteur 4 de cette zone que j’ai rencontré le numéro 1 ! dans un immeuble réservé aux transactions du marché noir.

- Hé bien, fit Médraline, ils ont de la suite dans les idées ! C’est à ce moment qu’ils ont dû se faire connaître par des acheteurs. Ils ne pouvaient pas encore vendre leur antidote…

- Nelloré, dit Ralian, qui est le psychiatre qui a fait votre rapport de paranoïa ?

- Ah ! celui à qui je dois une semaine de congé ?

- Et bien plus encore… murmura l’Enquêtrice.

- Pardon… ?

- C’est lui, le numéro 15. Tout nous l’indique.

- Quoi ? ! ! "

 

Nelloré sursauta violemment. Le verre d’eau qu’il avait saisi se brisa entre ses doigts et le liquide se répandit sur le drap. Le " trio infernal " crut voir un instant le tueur qu’il avait arrêté. Nelloré avait les yeux brûlants de rage et les mains serrées à en devenir blanches. Puis la vision fugitive s’évanouit, et les Enquêteurs eurent de nouveau face à eux un malade dans son lit d’hôpital, furieux mais affaibli.

" Vous êtes toujours fort, à ce que je vois ! " dit Ralian avec un sourire admiratif.

Nelloré cligna des yeux et soupira.

" Il s’appelle Alexor. Monsieur Jacques Alexor, l’un des meilleurs psychiatres d’Européa. Il est au Grand Hôpital du Mont. Grande stature, plus grande que les vôtres. Yeux bruns, cheveux châtains. Important également : de grandes mains. Attention à ne pas vous faire étrangler.

- Faites-nous confiance ! Nous tirons vite et juste ! dit Médraline en tapotant son pistolet.

- Je sais, j’en ai fait les frais… répondit-il, un sourire en coin. Mais prenez garde ! il sera loin d’être aussi coopératif que moi… "

 

Bientôt l'affrontement avec le chef d'Aranéa...

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