Le tueur a besoin des Enquêteurs
La tache rouge disparut de l’écran. Médraline écarquilla les yeux.
" Ralian ? Il a un brouilleur portatif. Et le dispositif de repérage de l’émetteur n’est pas ici ! Fïndril l’avait seulement prévu par précaution, et il est resté dans son bureau.
- Il fallait s’y attendre : on ne se jette pas dans la gueule du loup comme ça. On continue comme prévu ?
- Oui. Ne changeons rien. Fïndril n’aura pas servi de bouchon inutilement. Chacun un escalier."
[...] Médraline éteignit l’ordinateur, compléta de nouveau son équipement puis quitta la pièce et rejoignit l'escalier de droite. Elle referma la porte qui donnait sur le couloir et écouta : rien. Silencieusement, elle s’élança dans la spirale de marches, les montant deux par deux. Régulièrement, elle s’arrêtait et collait son oreille sur le sol. Mais elle ne sentait pas encore de vibrations. Soudain, après avoir gravi dix étages, elle s’aperçut que quelqu’un descendait, loin au-dessus.
IL est là. pas de doute. Hmm… je dirais cinq ou six paliers. Qui que ce soit, il semble pressé de venir nous affronter. C’est étrange… il nous nargue et se laisse peu à peu rattraper. Pourquoi n’est-il pas reparti ?
Songeuse, elle resta immobile un moment. Les vibrations se rapprochèrent davantage, trois paliers au-dessus. Alors, à la surprise de Médraline, elles s’éloignèrent.
Ah ça ! Ah quoi est-ce qu’il joue ? il remonte ? …oh non ! Il change d’escalier !
Ralian ôta la sûreté de son pistolet, prêt à tirer. Le bruit de pas rapide s’arrêta, juste au-dessus de lui. L’homme ouvrit la porte et s’engagea dans le couloir de l’AEP. L’Enquêteur suivit silencieusement et s’arrêta net devant la suite interminable de portes closes. Le sol était à peine éclairé par la clarté lunaire qui venait des fenêtres, derrière lui et à l’autre bout du couloir.
Son brouilleur est efficace : je ne le vois pas. Toutes les portes sont verrouillées chaque soir, donc il se cache dans l’ombre.
Il avança prudemment et arriva dans la zone d’ombre, au milieu du couloir. Ramassé sur lui-même, le tueur bondit brusquement. Avec un réflexe étonnamment rapide, Ralian se jeta au sol et se releva trois mètres plus loin. Mais l’homme le suivit et l’attrapa par derrière pour l’immobiliser. L’Enquêteur se baissa souplement et grâce à une prise, le fit passer par-dessus lui. Alors que son adversaire allait se relever, Ralian lui colla l’arme sur la nuque. Alors, un rire étrange s’éleva et résonna lugubrement dans le couloir.
" Allez-y, tirez ! Pour moi, cela ne change pas grand-chose… "
Médraline, qui venait d’arriver à l’étage, s’arrêta interdite au son de ce rire. Elle vit l’homme rouler sur le côté en un éclair et agripper la cheville de Ralian, qui bascula et lâcha son arme. Dans sa chute, il perdit sa visière à infrarouges et se retrouva enveloppé de ténèbres. Il engagea un corps à corps aveugle avec l’inconnu, se guidant au son de ses mouvements, mais malgré son entraînement il n’avait pas l’avantage. L’homme était fort et se battait avec plus d’expérience. Ralian commençait à faiblir, il ripostait avec moins de forces et n’allait pas rester conscient longtemps.
Rapidement, l’Enquêtrice mit un genou à terre et sortit son paralyseur. Elle ajouta une lunette sur le dessus et aligna son œil infrarouge contre celle-ci. Elle visa avec soin, pressa quatre fois la gâchette. Enfin, elle se releva et se dirigea rapidement vers son collègue, son micro enclenché.
" Ralian ? il est tranquille maintenant. Au fait, la visière est à ta gauche… allô, la salle de surveillance ? Ici Médraline 351.
- La capture est terminée ?
- Oui. Dites aux gardes postés à l’extérieur qu’ils peuvent rentrer. Remerciez-les de leur aide.
- Bien reçu. Nous allumons les lumières. Le responsable des cellules de détention a été appelé. "
Les diffuseurs du couloir s’illuminèrent. Médraline retrouva Ralian qui passait des menottes au tueur, enfin arrêté : les quatre membres paralysés, il s’avouait vaincu. L’homme posa une question qui les surprit :
" Avez-vous des nouvelles du numéro 216 ?
- Je vais très bien, merci… " grommela une voix derrière Médraline.
Fïndril venait d’arriver par l’escalier et massait sa mâchoire encore douloureuse. Il regarda l’homme avec un peu de colère dans les yeux.
" Navré pour vous, mais votre manœuvre a échoué. J’ai d’ailleurs du mal à comprendre pourquoi vous vous êtes jeté dans la gueule du loup… Vous nous avez sous-estimé : ce coup de poing –que je sens encore, hélas– ne m’a laissé que cinq minutes dans le cirage.
- Admettons. Votre entraînement est meilleur que je ne le pensais.
- Et supérieur au vôtre, dit Médraline. Pourtant on s’entraîne dur dans la police. "
Un court silence suivit. Ralian sortit un imprimé de sa poche.
" Voyons à qui nous avons affaire… "
Il s’approcha de l’homme qui l’arrêta d’un geste et enleva lui-même son masque. Ralian compara avec les photographies qu’il possédait.
" Cheveux roux, yeux bruns. Nelloré.
- Apparemment du moins, dit Médraline. Il faudra le vérifier.
- Si vous le voulez. Mais votre visio-monde est perfectionné : c’est exact. Je suis bien Nelloré. Et j’ai besoin de votre aide.
- Je me demande, dit Fïndril, si vous n’auriez pas plutôt besoin d’un médecin : un criminel n’appelle pas les Enquêteurs au secours.
- Pour un médecin, le diagnostic serait différent. Je peux vous expliquer toute l’affaire, mais… (il regarda autour de lui, nerveux) pas ici. "
A suivre : l'interrogatoire de Nelloré. Beaucoup de révélations à venir...
Par Lefélinbleu, Mercredi 24 Janvier 2007 à 22:32 GMT+2 dans Nouvelle 3 - Un mort se venge (article, RSS)






