Un mort nous tue
Après leur échec face au tueur et l'entretien avec Tènfor, le trio d'Enquêteur fait le point. Ils parviennent à un constat surprenant : la plupart des victimes avaient eu un avancement rapide ou prématuré dans leur carrière, des avantages a priori "exagérés", etc... Seraient-ils les membres d'une organisation de l'ombre ? Plus les éléments s'accumulent, plus cette hypothèse semble être la bonne. Mais les Enquêteurs ne sont pas les seuls à réfléchir sur ces meurtres. Ailleurs, l'inquiétude augmente. Un nouveau meurtre pourrait être commis le lendemain...
La petite salle était plongée dans une semi-obscurité. On distinguait vaguement en son centre une table ovale avec quinze sièges. Neuf étaient vides. Venant du plafond, une petite lumière blanche brillait, révélant l’une des personnes présentes. C’était un homme à la taille impressionnante, aux mains croisées. Il commença calmement, sans émotion apparente :
« Chaque jour, notre situation s’aggrave dangereusement : trois Enquêteurs –loin d’être imbéciles– sont sur notre piste. Ils sont allés voir Tènfor il y a peu. Nous soupçonnons qu’il leur a révélé une partie de son… « accord » avec nous. Des suggestions ? »
Une autre lumière s’alluma sur sa droite.
« Oui, numéro 10 ?
- Je propose, bien que cela soit dangereux pour nous, de les supprimer le plus tôt possible.
- Objection ! numéro 15…
- Numéro 13 ? reprit celui-ci, visiblement leur chef.
- Il serait impossible de ne pas rapprocher leur mort « accidentelle » de l’affaire dont ils s’occupent. Les gens de l’AEP sont compétents.
- Numéro 15 ? demanda une voix de femme.
- Allez-y, numéro 14.
- Je suis d’accord avec numéro 13. J’ajouterai que ces jeunes Enquêteurs ont la réputation d’être parmi les plus doués de l’AEP… et les supprimer reviendrait également à se mettre l’Infinie Florion sur le dos. Car, vous ne l’ignorez pas, il est responsable de l’Agence des Enquêteurs Professionnels et ces Enquêteurs sont ses préférés. De plus… (elle regarda son supérieur)
- Poursuivez… lui dit le numéro 15, manifestant ainsi son intérêt.
- Un autre point est délicat : ils se sont récemment occupés de Solia. Affaire parmi les plus difficiles que de jeunes Enquêteurs aient connues. Nous ne pouvons pas nous permettre de les sous-estimer.
- Numéro 10, conclut leur chef, je suppose que vous ne pouvez pas faire opposition à ces arguments de poids.
- Numéro 15 ! demanda une nouvelle lumière.
- Oui ?
- Ou se trouve numéro 9 ? Ses informations pourraient nous être très utiles…
- Comme vous ne l’ignorez pas, il est le fils du défunt numéro 9, et vient seulement de parvenir à son objectif premier. Son absence à son travail serait remarquée par ses collègues, qui ne l’apprécient pas. Il y a une autre raison… Numéro 12 (celui-ci acquiesça dans la pénombre) lui a donné un « plus » pour arriver où il est, et numéro 9 est soupçonné. Ce sont du moins ses impressions dans son dernier rapport… Bien. Je pense que nous devrions aborder l’autre sujet capital… »
Un lourd silence s’installa dans la salle. Toutes les lumières s’étaient éteintes peu à peu, même celle du numéro 15. Silencieux, immobiles, les cinq numéros attendaient que leur supérieur fasse le moindre geste. Ils étaient habitués à une minute de silence dans les ténèbres lorsqu’un événement important devait être relaté ou préparé. Mais cette fois-ci, le silence dura. Tous savaient que la situation était au point critique, cause de cet isolement anormal.
Enfin, la lumière du numéro 15 perça le noir absolu de la salle. Certains membres retinrent leur respiration, d’autres déglutirent péniblement. Leur chef éleva de nouveau la voix, ferme, résolu et implacable.
« Nous avons vérifié. Il n’y a aucun traître parmi nous. Cela confirme nos doutes : une de nos victimes tue. Et si nous ne faisons rien, l’un de nous mourra demain.
- Mais, dit le numéro 10 à bout de nerf, comment-
- Je n’ai pas terminé… Une de nos victimes tue, froidement, un a un, tous les membres de notre organisation, et dans l’ordre. Nous avons perdu, à raison de trois meurtres par semaine, les numéros 1à 8. Nous avons découvert que numéro 1, assassiné en premier, s’était trompé de dose : dans la précipitation, il avait utilisé la dose 3, à effet assez lent et irréparable, mais non pas la dose 1, très rapide, qui achevait en moins de deux semaines. L’une de nos victimes est donc encore bien vivante, depuis deux semaines et demie –moment de l’injection. C’est une erreur de feu numéro 2, qui n’a pas vérifié les rubriques nécrologiques. A moins qu’il n’ait pas eu le temps de nous faire parvenir la nouvelle avant sa mort. Nous n’avons rien pu faire pour les premiers, par ignorance du but de l’assassin : était-ce un tueur en série ou autre chose ? »
Il se pencha en avant et posa ses mains sur la table.
« Nous avons réagi avec beaucoup trop de lenteur, ce que nous ne pouvons pas nous permettre ! et pourtant, trouver l’identité du tueur s’avérait ridiculement simple : chaque fois qu’il passait, il prenait pour lui des fichiers contenus dans l’ordinateur des victimes. Cela aurait dû nous mettre plus vite sur la voie. Nous avons parallèlement perdu les numéros 3 et 4, qui préparaient une nouvelle opération. Certains d’entre nous, décidés à lutter directement contre l’assassin, n’ont pas été à la hauteur, ce qui m’étonne d’ailleurs. Les recherches entreprises sur le marché noir ont été abandonnées, la police ayant réussi à démanteler les vendeurs de lasers à haute puissance. Bien évidemment, ceux-ci ont eu la précaution de détruire leurs fichiers… »
Un court silence, puis, les yeux fermés, il résuma :
« Cela fait beaucoup trop de coïncidences. »
Relevant alors les paupières, il appuya sur un bouton placé sur la table, devant lui. Aussitôt, toutes les lumières s’allumèrent simultanément. Observant les regards de ses subordonnés, il sut qu’ils avaient réalisé qui était leur ennemi. Un ennemi qui mourait davantage à chaque seconde, mais dont la haine mortelle pourrait les abattre les uns après les autres.
« Ne prenez pas de jour de congé demain. Ce serait en semaine et cela pourrait alerter les Enquêteurs.
- Mais, numéro 15, si nous ne faisons rien pour nous mettre à l’abri, il va nous tuer. Sa méthode a changé, il peut la modifier une nouvelle fois… Et il sait ou nous trouver. »
Le chef comprit que le numéro 10 commençait à perdre confiance et à s’alarmer. Il fallait empêcher cela avant que la panique règne parmi ses subordonnés. Agir, vite… Il se leva et se mit à faire le tour de la table.
« Il sait qui nous sommes. Nous savons qui il est. Exécuter quelqu’un n’est pas une chose facile, mais en l’occurrence, elle est vitale. D’un autre côté, si nous agissons, les Enquêteurs se précipiteront sur nous… Le problème est posé, avec tous ses aspects. Et tout problème a sa solution. Alors, dit-il en s’arrêtant près du numéro 10, quelqu’un a t-il une solution ? »
Il croisa les bras. Ses subordonnés, qu’il appelait pour lui ses « terminaisons », réfléchissaient. Il poursuivit :
« Plusieurs possibilités s’offrent à nous. Un : supprimer notre ennemi et couper la piste des Enquêteurs. Deux : le faire arrêter par les Enquêteurs et détruire ses preuves. Dans tous les cas, il faut essayer de protéger numéro 9, qui sera en grand danger demain. Que suggérez-vous ? »
[hors extrait] Voilà enfin l'apparition des ennemis du tueur. L'histoire prend un tour plus complexe. Peu à peu, le sens du titre "un mort se venge" sera révélé. La suite bientôt !
« Chaque jour, notre situation s’aggrave dangereusement : trois Enquêteurs –loin d’être imbéciles– sont sur notre piste. Ils sont allés voir Tènfor il y a peu. Nous soupçonnons qu’il leur a révélé une partie de son… « accord » avec nous. Des suggestions ? »
Une autre lumière s’alluma sur sa droite.
« Oui, numéro 10 ?
- Je propose, bien que cela soit dangereux pour nous, de les supprimer le plus tôt possible.
- Objection ! numéro 15…
- Numéro 13 ? reprit celui-ci, visiblement leur chef.
- Il serait impossible de ne pas rapprocher leur mort « accidentelle » de l’affaire dont ils s’occupent. Les gens de l’AEP sont compétents.
- Numéro 15 ? demanda une voix de femme.
- Allez-y, numéro 14.
- Je suis d’accord avec numéro 13. J’ajouterai que ces jeunes Enquêteurs ont la réputation d’être parmi les plus doués de l’AEP… et les supprimer reviendrait également à se mettre l’Infinie Florion sur le dos. Car, vous ne l’ignorez pas, il est responsable de l’Agence des Enquêteurs Professionnels et ces Enquêteurs sont ses préférés. De plus… (elle regarda son supérieur)
- Poursuivez… lui dit le numéro 15, manifestant ainsi son intérêt.
- Un autre point est délicat : ils se sont récemment occupés de Solia. Affaire parmi les plus difficiles que de jeunes Enquêteurs aient connues. Nous ne pouvons pas nous permettre de les sous-estimer.
- Numéro 10, conclut leur chef, je suppose que vous ne pouvez pas faire opposition à ces arguments de poids.
- Numéro 15 ! demanda une nouvelle lumière.
- Oui ?
- Ou se trouve numéro 9 ? Ses informations pourraient nous être très utiles…
- Comme vous ne l’ignorez pas, il est le fils du défunt numéro 9, et vient seulement de parvenir à son objectif premier. Son absence à son travail serait remarquée par ses collègues, qui ne l’apprécient pas. Il y a une autre raison… Numéro 12 (celui-ci acquiesça dans la pénombre) lui a donné un « plus » pour arriver où il est, et numéro 9 est soupçonné. Ce sont du moins ses impressions dans son dernier rapport… Bien. Je pense que nous devrions aborder l’autre sujet capital… »
Un lourd silence s’installa dans la salle. Toutes les lumières s’étaient éteintes peu à peu, même celle du numéro 15. Silencieux, immobiles, les cinq numéros attendaient que leur supérieur fasse le moindre geste. Ils étaient habitués à une minute de silence dans les ténèbres lorsqu’un événement important devait être relaté ou préparé. Mais cette fois-ci, le silence dura. Tous savaient que la situation était au point critique, cause de cet isolement anormal.
Enfin, la lumière du numéro 15 perça le noir absolu de la salle. Certains membres retinrent leur respiration, d’autres déglutirent péniblement. Leur chef éleva de nouveau la voix, ferme, résolu et implacable.
« Nous avons vérifié. Il n’y a aucun traître parmi nous. Cela confirme nos doutes : une de nos victimes tue. Et si nous ne faisons rien, l’un de nous mourra demain.
- Mais, dit le numéro 10 à bout de nerf, comment-
- Je n’ai pas terminé… Une de nos victimes tue, froidement, un a un, tous les membres de notre organisation, et dans l’ordre. Nous avons perdu, à raison de trois meurtres par semaine, les numéros 1à 8. Nous avons découvert que numéro 1, assassiné en premier, s’était trompé de dose : dans la précipitation, il avait utilisé la dose 3, à effet assez lent et irréparable, mais non pas la dose 1, très rapide, qui achevait en moins de deux semaines. L’une de nos victimes est donc encore bien vivante, depuis deux semaines et demie –moment de l’injection. C’est une erreur de feu numéro 2, qui n’a pas vérifié les rubriques nécrologiques. A moins qu’il n’ait pas eu le temps de nous faire parvenir la nouvelle avant sa mort. Nous n’avons rien pu faire pour les premiers, par ignorance du but de l’assassin : était-ce un tueur en série ou autre chose ? »
Il se pencha en avant et posa ses mains sur la table.
« Nous avons réagi avec beaucoup trop de lenteur, ce que nous ne pouvons pas nous permettre ! et pourtant, trouver l’identité du tueur s’avérait ridiculement simple : chaque fois qu’il passait, il prenait pour lui des fichiers contenus dans l’ordinateur des victimes. Cela aurait dû nous mettre plus vite sur la voie. Nous avons parallèlement perdu les numéros 3 et 4, qui préparaient une nouvelle opération. Certains d’entre nous, décidés à lutter directement contre l’assassin, n’ont pas été à la hauteur, ce qui m’étonne d’ailleurs. Les recherches entreprises sur le marché noir ont été abandonnées, la police ayant réussi à démanteler les vendeurs de lasers à haute puissance. Bien évidemment, ceux-ci ont eu la précaution de détruire leurs fichiers… »
Un court silence, puis, les yeux fermés, il résuma :
« Cela fait beaucoup trop de coïncidences. »
Relevant alors les paupières, il appuya sur un bouton placé sur la table, devant lui. Aussitôt, toutes les lumières s’allumèrent simultanément. Observant les regards de ses subordonnés, il sut qu’ils avaient réalisé qui était leur ennemi. Un ennemi qui mourait davantage à chaque seconde, mais dont la haine mortelle pourrait les abattre les uns après les autres.
« Ne prenez pas de jour de congé demain. Ce serait en semaine et cela pourrait alerter les Enquêteurs.
- Mais, numéro 15, si nous ne faisons rien pour nous mettre à l’abri, il va nous tuer. Sa méthode a changé, il peut la modifier une nouvelle fois… Et il sait ou nous trouver. »
Le chef comprit que le numéro 10 commençait à perdre confiance et à s’alarmer. Il fallait empêcher cela avant que la panique règne parmi ses subordonnés. Agir, vite… Il se leva et se mit à faire le tour de la table.
« Il sait qui nous sommes. Nous savons qui il est. Exécuter quelqu’un n’est pas une chose facile, mais en l’occurrence, elle est vitale. D’un autre côté, si nous agissons, les Enquêteurs se précipiteront sur nous… Le problème est posé, avec tous ses aspects. Et tout problème a sa solution. Alors, dit-il en s’arrêtant près du numéro 10, quelqu’un a t-il une solution ? »
Il croisa les bras. Ses subordonnés, qu’il appelait pour lui ses « terminaisons », réfléchissaient. Il poursuivit :
« Plusieurs possibilités s’offrent à nous. Un : supprimer notre ennemi et couper la piste des Enquêteurs. Deux : le faire arrêter par les Enquêteurs et détruire ses preuves. Dans tous les cas, il faut essayer de protéger numéro 9, qui sera en grand danger demain. Que suggérez-vous ? »
[hors extrait] Voilà enfin l'apparition des ennemis du tueur. L'histoire prend un tour plus complexe. Peu à peu, le sens du titre "un mort se venge" sera révélé. La suite bientôt !
Par Lefélinbleu, Mardi 19 Decembre 2006 à 20:54 GMT+2 dans Nouvelle 3 - Un mort se venge (article, RSS)






