Simple passant dans la rue
Le tueur est réapparu. Cette fois-ci, les Enquêteurs pourront-ils l'arrêter à temps ?... Le combiné du visiophone n’avait pas été raccroché et pendait tristement le long du mur, près de la tête de Kandar, acculé, dévoré par la peur, le visage rongé par des tics. Il avait reconnu immédiatement, par delà le sourire et le regard brûlant, une personne qu’il avait connue.
« Non… non, je vous en prie ! je n’ai rien fait, je… »
- Vous faites partie d’Aranéa, n’est-ce pas ? Et vous pouvez voir mon visage. Ce n’est pas le vrai, bien sûr… je peux le modifier à ma guise. Mais vous devez bien vous rappeler ce que vous avez fait avec le virus de la première victime, non ? »
Les yeux de sa proie rétrécirent un instant.
« Ce n’est pas moi qui avait décidé cela ! je vous le jure ! je n’était pas dans l’histoire !
- Mensonges ! Tous les membres sont toujours ensemble pour leurs intérêts ! Je l’ai découvert… et vous avez tous décidé de me réduire au silence pour cela. Il y a déjà deux semaines et demie que cela s’est produit, mais l’effet du virus que vous m’avez inoculé empire chaque jour. Pour l’instant, c’est encore supportable… mais dans douze jours, je serai mort ! Alors, tandis que je meurt chaque jour davantage, vous tous marcherez vers la vôtre. Il m’est déjà insupportable d’être condamné ! mais certains… collègues de la police qui faisaient partie des vôtres m’ont fait passer pour un paranoïaque et m’ont cloué le bec. Je ne peux plus rien dire…
- Vous n’allez pas me tuer ? les Enquêteurs seront là d’une minute à l’autre, et… »
Le sang de Kandar figea dans ses veines : l’homme riait tranquillement, l’air faussement navré.
« Vous croyez… ? l’AEP est à une demi-heure d’ici… Et même s’ils mettaient peu de temps, j’aurais ce que je veux. Vous croyez m’avoir avec un bluff aussi gros ? Quand je suis arrivé vous essayiez d’appeler vos copains…
- Mais, je…
- Il suffit ! Existe t-« il » ?
- Je… je ne comprends pas !
- Vous savez de quoi je parle ! (il saisit Kandar par le col) Existe t-il un antidote ?
- … je ne sais pas ! je ne sais pas ! »
L’homme rapprocha son arme de la tempe de sa proie.
« Oui ! il existe ! Il vient d’être mis au point ! mais vous… c’est trop tard : il n’a d’effet que dans les trois jours après l’injection.
- Ah oui ?… Bien, j’ai appris ce que je voulais savoir. Vous n’avez pas encore payé pour ce que vous avez fait, ça va venir…
- Non, non, je vous en supplie, je…- »
Posément, l’homme ajusta son arme. Le silencieux ne cracha qu’un seul projectile, en plein sur le front de la victime. Un papier blanc tomba près de lui, avec un trait, le huitième. En diagonale.
L’homme fouilla l’appartement. Il savait qu’on enverrait les Enquêteurs à sa poursuite, mais ils mettraient au moins vingt minutes et cela devait suffire. Consultant les fichiers de l’ordinateur, il tomba sur un document verrouillé. Certainement ce dont il avait besoin. Il l’enregistra sur une puce électronique personnelle qu’il mit dans une enveloppe, et éteignit la machine. Plus que deux minutes. Il prit sa mallette noire et sortit de l’appartement nonchalamment, comme un habitué de l’immeuble. Puis il rabattit la porte et enleva ses gants. Ensuite, il descendit au rez-de-chaussée et mit l’enveloppe dans le casier « départ », près de la porte d’entrée. Enfin, il sortit de sa mallette une pancarte « hors service » qu’il avait préparée et la plaça devant l’ascenseur. Il y entra et monta au huitième étage. Sortant un chewing-gum de sa poche, il le mâchonna quelques secondes puis le colla sur l’œil électronique de l’ascenseur, empêchant ainsi la fermeture des portes. Et il attendit.
Les Enquêteurs arrivèrent en bas de l’immeuble, sortirent rapidement de l’aérovoiture et entrèrent. Fïndril soupira de mécontentement en voyant le panneau « hors service ». Pour être sûr de l’inactivité de l’appareil, il appuya vingt fois sur le bouton. Sans succès. Il abandonna.
« Je reste ici pour surveiller l’entrée ? proposa vivement Médraline.
- Ah, elle a trouvé le bon truc ! soupira Fïndril.
- Oui, fit Ralian. Nous, on va récupérer Kandar… s’il est encore en vie.
- Tu crois que Tradën a raison ?
- Hélas ! répondit le blond, avec notre chance habituelle, sûrement. »
Pendant que ses deux amis montaient, Médraline vérifia que son arme était bien chargée. Ralian et Fïndril arrivèrent à l’appartement et constatèrent le décès. Un bruit s’amplifia peu à peu : des pas. On descendait l’escalier.
L’homme descendait tranquillement depuis le huitième en sifflotant. Quand il vit le cadavre par la porte restée ouverte, il sursauta de frayeur et se retint à la rampe pour ne pas tomber. Fïndril s’approcha de lui, pâle à faire peur.
« Ne regardez pas, ou vous risquez d’avoir une indigestion. »
L’autre désigna le corps d’un doigt tremblant.
« Oui, il est mort, répondit le blond, d’une voix éteinte. Ne vous inquiétez pas, nous sommes des Enquêteurs. Cette affaire nous concerne. Et maintenant, vous feriez mieux d’aller prendre l’air (et moi aussi)… »
Cela dit, Fïndril repoussa la porte, enfila des gants et, surmontant sa répugnance, aida Ralian à fouiller le cadavre. Après être resté statufié près de la rampe pendant un certain temps, l’homme passa sa main dans ses cheveux, s’assura qu’il n’avait pas lâché sa mallette et recommença à descendre. Il avait une expression semi-hébétée et semi-effrayée sur le visage et ne cessait de regarder vers la porte du cinquième. Il arriva finalement au rez-de-chaussée, face à l’Enquêtrice, restée pour surveiller les allées et venues.
Ainsi, c’est donc elle, cette Médraline. Avec Ralian et Fïndril, ils ont fait la une pour l’affaire Solia. Les médias ont aussi dit qu’ils s’occupaient de cette histoire. Maintenant, je dois faire bien attention… je les ai vu une fois, mais eux ne doivent pas me revoir avant un certain temps.
Il se dirigea vers elle d’une démarche peu assurée.
« Hum… excusez-moi, je peux passer ? …je ne me sens pas très… »
Il était pâle comme un linge. Sans cesser de l’observer, Médraline entrebâilla la porte et un courant d’air frais chargé de quelques flocons entra dans le hall. L’homme voulut passer, mais elle l’en empêcha en se plaçant devant.
« Impossible, je dois d’abord contrôler votre identité, votre emploi du temps et prendre vos empreintes. Un meurtre a été commis dans cet immeuble. Présentez-moi votre carte d’identité. »
Je devrais y arriver… pensa t-il. Et la station de ma ligne est toute proche. Je suis navré, mais je n’ai pas vraiment le choix !
Il se mit à farfouiller dans ses poches.
Bon, alors, cette carte, ça vient ? Ah, enfin.
Médraline n’eut pas le temps de s’alarmer : en un éclair, il sortit un flacon de sa poche et lui envoya un liquide au visage. Il reprit sa mallette, bouscula l’Enquêtrice qui faillit l’arrêter et claqua la porte derrière lui. Puis il arracha le film invisible qui entourait ses doigts et le mit dans sa poche. Il prit ensuite l’air pressé qui convenait à un homme d’affaire et se dirigea vers la bouche du métro. Simple passant dans la rue.
- Vous faites partie d’Aranéa, n’est-ce pas ? Et vous pouvez voir mon visage. Ce n’est pas le vrai, bien sûr… je peux le modifier à ma guise. Mais vous devez bien vous rappeler ce que vous avez fait avec le virus de la première victime, non ? »
Les yeux de sa proie rétrécirent un instant.
« Ce n’est pas moi qui avait décidé cela ! je vous le jure ! je n’était pas dans l’histoire !
- Mensonges ! Tous les membres sont toujours ensemble pour leurs intérêts ! Je l’ai découvert… et vous avez tous décidé de me réduire au silence pour cela. Il y a déjà deux semaines et demie que cela s’est produit, mais l’effet du virus que vous m’avez inoculé empire chaque jour. Pour l’instant, c’est encore supportable… mais dans douze jours, je serai mort ! Alors, tandis que je meurt chaque jour davantage, vous tous marcherez vers la vôtre. Il m’est déjà insupportable d’être condamné ! mais certains… collègues de la police qui faisaient partie des vôtres m’ont fait passer pour un paranoïaque et m’ont cloué le bec. Je ne peux plus rien dire…
- Vous n’allez pas me tuer ? les Enquêteurs seront là d’une minute à l’autre, et… »
Le sang de Kandar figea dans ses veines : l’homme riait tranquillement, l’air faussement navré.
« Vous croyez… ? l’AEP est à une demi-heure d’ici… Et même s’ils mettaient peu de temps, j’aurais ce que je veux. Vous croyez m’avoir avec un bluff aussi gros ? Quand je suis arrivé vous essayiez d’appeler vos copains…
- Mais, je…
- Il suffit ! Existe t-« il » ?
- Je… je ne comprends pas !
- Vous savez de quoi je parle ! (il saisit Kandar par le col) Existe t-il un antidote ?
- … je ne sais pas ! je ne sais pas ! »
L’homme rapprocha son arme de la tempe de sa proie.
« Oui ! il existe ! Il vient d’être mis au point ! mais vous… c’est trop tard : il n’a d’effet que dans les trois jours après l’injection.
- Ah oui ?… Bien, j’ai appris ce que je voulais savoir. Vous n’avez pas encore payé pour ce que vous avez fait, ça va venir…
- Non, non, je vous en supplie, je…- »
Posément, l’homme ajusta son arme. Le silencieux ne cracha qu’un seul projectile, en plein sur le front de la victime. Un papier blanc tomba près de lui, avec un trait, le huitième. En diagonale.
L’homme fouilla l’appartement. Il savait qu’on enverrait les Enquêteurs à sa poursuite, mais ils mettraient au moins vingt minutes et cela devait suffire. Consultant les fichiers de l’ordinateur, il tomba sur un document verrouillé. Certainement ce dont il avait besoin. Il l’enregistra sur une puce électronique personnelle qu’il mit dans une enveloppe, et éteignit la machine. Plus que deux minutes. Il prit sa mallette noire et sortit de l’appartement nonchalamment, comme un habitué de l’immeuble. Puis il rabattit la porte et enleva ses gants. Ensuite, il descendit au rez-de-chaussée et mit l’enveloppe dans le casier « départ », près de la porte d’entrée. Enfin, il sortit de sa mallette une pancarte « hors service » qu’il avait préparée et la plaça devant l’ascenseur. Il y entra et monta au huitième étage. Sortant un chewing-gum de sa poche, il le mâchonna quelques secondes puis le colla sur l’œil électronique de l’ascenseur, empêchant ainsi la fermeture des portes. Et il attendit.
Les Enquêteurs arrivèrent en bas de l’immeuble, sortirent rapidement de l’aérovoiture et entrèrent. Fïndril soupira de mécontentement en voyant le panneau « hors service ». Pour être sûr de l’inactivité de l’appareil, il appuya vingt fois sur le bouton. Sans succès. Il abandonna.
« Je reste ici pour surveiller l’entrée ? proposa vivement Médraline.
- Ah, elle a trouvé le bon truc ! soupira Fïndril.
- Oui, fit Ralian. Nous, on va récupérer Kandar… s’il est encore en vie.
- Tu crois que Tradën a raison ?
- Hélas ! répondit le blond, avec notre chance habituelle, sûrement. »
Pendant que ses deux amis montaient, Médraline vérifia que son arme était bien chargée. Ralian et Fïndril arrivèrent à l’appartement et constatèrent le décès. Un bruit s’amplifia peu à peu : des pas. On descendait l’escalier.
L’homme descendait tranquillement depuis le huitième en sifflotant. Quand il vit le cadavre par la porte restée ouverte, il sursauta de frayeur et se retint à la rampe pour ne pas tomber. Fïndril s’approcha de lui, pâle à faire peur.
« Ne regardez pas, ou vous risquez d’avoir une indigestion. »
L’autre désigna le corps d’un doigt tremblant.
« Oui, il est mort, répondit le blond, d’une voix éteinte. Ne vous inquiétez pas, nous sommes des Enquêteurs. Cette affaire nous concerne. Et maintenant, vous feriez mieux d’aller prendre l’air (et moi aussi)… »
Cela dit, Fïndril repoussa la porte, enfila des gants et, surmontant sa répugnance, aida Ralian à fouiller le cadavre. Après être resté statufié près de la rampe pendant un certain temps, l’homme passa sa main dans ses cheveux, s’assura qu’il n’avait pas lâché sa mallette et recommença à descendre. Il avait une expression semi-hébétée et semi-effrayée sur le visage et ne cessait de regarder vers la porte du cinquième. Il arriva finalement au rez-de-chaussée, face à l’Enquêtrice, restée pour surveiller les allées et venues.
Ainsi, c’est donc elle, cette Médraline. Avec Ralian et Fïndril, ils ont fait la une pour l’affaire Solia. Les médias ont aussi dit qu’ils s’occupaient de cette histoire. Maintenant, je dois faire bien attention… je les ai vu une fois, mais eux ne doivent pas me revoir avant un certain temps.
Il se dirigea vers elle d’une démarche peu assurée.
« Hum… excusez-moi, je peux passer ? …je ne me sens pas très… »
Il était pâle comme un linge. Sans cesser de l’observer, Médraline entrebâilla la porte et un courant d’air frais chargé de quelques flocons entra dans le hall. L’homme voulut passer, mais elle l’en empêcha en se plaçant devant.
« Impossible, je dois d’abord contrôler votre identité, votre emploi du temps et prendre vos empreintes. Un meurtre a été commis dans cet immeuble. Présentez-moi votre carte d’identité. »
Je devrais y arriver… pensa t-il. Et la station de ma ligne est toute proche. Je suis navré, mais je n’ai pas vraiment le choix !
Il se mit à farfouiller dans ses poches.
Bon, alors, cette carte, ça vient ? Ah, enfin.
Médraline n’eut pas le temps de s’alarmer : en un éclair, il sortit un flacon de sa poche et lui envoya un liquide au visage. Il reprit sa mallette, bouscula l’Enquêtrice qui faillit l’arrêter et claqua la porte derrière lui. Puis il arracha le film invisible qui entourait ses doigts et le mit dans sa poche. Il prit ensuite l’air pressé qui convenait à un homme d’affaire et se dirigea vers la bouche du métro. Simple passant dans la rue.
Par Lefélinbleu, Lundi 11 Decembre 2006 à 17:40 GMT+2 dans Nouvelle 3 - Un mort se venge (article, RSS)






