La cité des dauphins, histoires policières de science-fiction et chroniques légères

Une entrevue - réapparition du tueur

A la recherche de points communs entre les victimes du "tueur au sourire", les trois enquêteurs ont trouvé la piste de Tradën, PDG d'une entreprise de cosmétiques. Deux des victimes étaient mariées ensemble et travaillaient pour lui. Et il y a du louche dans la comptabilité de l'illustre compagnie... Mais pendant ce temps, quelqu'un s'affaire.
Tènfor regardait par la fenêtre les rues des alentours dominées par son édifice. C’était une personne corpulente et abondamment barbue. Certains prétendaient qu’il travaillait tant qu’il ne prenait pas le temps de se raser. A leur entrée, il les regarda de dessous ses sourcils broussailleux. Chacun leur tour, ils lui serrèrent la main.
« Bienvenue dans mon entreprise, Enquêteurs.
- Il est très aimable à vous de nous accorder cet entretien, commença Médraline.
- Je serais très heureux de vous rendre ce service… et, pour tout vous dire, j’étais curieux de vous voir, car je n’ignore pas ce que vous avez fait. Asseyez-vous, je vous en prie. »
Ils prirent place en face de leur interlocuteur, qui s’assit et croisa les doigts.
« Vous vouliez me parler de Monsieur et Madame Malaine, n’est-ce pas ?… je n’ai, hélas, aucune idée de ce qui a pu poussé quelqu’un à les tuer. Ils étaient compétents et occupaient une bonne place dans la hiérarchie, soit, mais personne ne leur cherchait d’ennuis. Et pour cause : ils étaient très effacés, discrets. »

Petit à petit, tournant la conversation comme ils l’entendaient, Médraline et Fïndril se relayant, ils réussirent à placer Tènfor sur un terrain délicat… là ou ils avaient repéré une faille. Quant à Ralian, il sondait leur interlocuteur du regard et allait passer à l’action :
- D’après les registres bancaires, ils recevaient davantage d’argent que leur permettaient cet emploi. Votre entreprise est-elle responsable ? »
Médraline se retint de dire quoi que ce soit : il avait attaqué. Ils allaient bien voir l’effet produit. Durant quelques instants, tous trois virent que l’Enquêteur avait provoqué un malaise : inconsciemment, l’illustre Monsieur Tènfor avait agrippé sa barbe de sa main droite et commençait à la tortiller.
« Non… je ne comprends pas. Je n’ai jamais entendu parler de cela. C’est surprenant ! il doit y avoir une erreur : il n’y a pas de favoritisme dans l’entreprise. La différence viens d’ailleurs, ou l’un de mes comptables a fait une faute cette fois-ci.
- Pourtant, insinua Ralian, il est rare que ce genre d’erreur perdure pendant… dix ans. Depuis combien de temps travaillaient-ils pour vous déjà ?
- Onze. » fit Tènfor, qui devenait livide.
Il est cuit ! pensa Fïndril. Il finira par lâcher le morceau…
« Ecoutez ! reprit le PDG d’un ton plus sec. Je ne comprends rien à cette histoire de compte bancaire. Tout ce que je sais, c’est qu’ils recevaient un salaire correct, adapté à leur fonction. Pour obtenir des précisions, vous pouvez vous adresser à mes comptables, à l’étage 137. »
Tiens… non ! raté !
La sonnerie du visiophone retentit opportunément. Après avoir répondu, Tènfor leur fit comprendre qu’ils devaient partir.
« Je suis désolé, mais l’un de nos plus gros fournisseur a …une complication et je dois le recevoir absolument. Cette histoire m’intrigue et je suis résolu à vous aider. J’espère que nous pourrons poursuivre cette discussion un autre jour… »
Dis toujours, mon gros ! nous savons que tu commençais à être très mal à l’aise… pensa Fïndril.
Tènfor referma la porte puis se rassit lentement en tripotant sa barbe.
Un peu plus, et ils auraient fini par découvrir ce que ces « saletés » manigançaient. Maintenant qu’ils sont morts, je serai plus tranquille…

« Hum, dit Médraline une fois dehors, vous avez vu : il est devenu pâle comme un linge.  Je crois qu’on est sur la bonne piste.
- Ma chère Médra, commença Fïndril, je te tire mon chapeau ! Ce gros pacha n’est pas du genre à aider des connaissances qui travailleraient dans sa propre boîte. Ça se voit du premier coup d’œil ! S’il n’y a pas de chantage là-dessous, je promet de …
- Arrête ça ! dit-elle en riant. Je te connais, tu promets et tu oublies quand ça t’arranges…
- En tout cas, nous sommes fixés : c’était sûrement une victime des deux morts. Reste à trouver la preuve. »
L’ordinateur de poche de Fïndril se mit à sonner. Aussitôt, le jeune homme le sortit et l’ouvrit, tandis que ses amis l’entouraient pour partager la communication.
« Ici Ambre, j’ai fait une découverte du tonnerre ! Comme Barracuda, enfin Tradën, était de bon poil aujourd’hui, je suis allée au V-M par le visio-tube. Devinez quoi ? toutes les victimes ont une feuille rouge dans leur casier !
- Le judiciaire ?
- Bien sûr ! mais une seule feuille. Chantages, corruptions présumées… Allez, venez vite ! (elle coupa)
- Comment cela une seule feuille ?
- Cher Ralian, heureusement que tu m’as sous la main, parce que…
- Ça va, supplia t-il en levant les yeux au ciel. Je sais que tu es un pur savant… Abrège, s’il te plaît.
- Eh bien !… Une seule feuille signifie que ce sont des soupçons. C’est une feuille rouge, et tant qu’il n’y a pas de preuves, on considère que ton casier est vide. Mais cette feuille existe bel et bien ! En clair : si l’on est sûr de la culpabilité de quelqu’un pour quelque chose et qu’il avait une feuille rouge, elle sera prise en compte ! »
Ils se regardèrent. Le fil conducteur commençait à apparaître : chacune des victimes avait apparemment un rapport avec des affaires illégales « discrètes ». Et c’était singulier.

Aujourd’hui, le tueur devait réapparaître, pour son huitième meurtre. Un message spécial passait régulièrement à la télévision et au visio-monde. La journée s’écoulait lentement, entre rapports à boucler, verres de citronnade et apparitions de Tradën ici ou là. Ambre était venue supporter ses amis à la cafétéria, et ils y avaient apporté un visiophone branché sur la ligne extérieure, en cas d’appel. Tous les quatre avaient les yeux fixés dessus, comme si l’objet avait un pouvoir particulier. Virian, lui, se tenait à l’écart. Il était également concerné par cette affaire, dont il voulait à tout prix se saisir, mais ne devait pas le montrer. La nuit était tombée : il était 10h30 passées.
Soudain, le visiophone sonna. Un instant, personne ne bougea. La porte du directeur claqua et un pas lourd se fit entendre. Comme Médraline reposait son gobelet, elle saisit le combiné et le porta à son oreille. Fïndril appuya immédiatement sur la touche « haut-parleur ».
« Allô, allô, l’AEP ? dit une voix frémissante.
- Oui, monsieur, vous êtes bien à l’AEP. »
L’image de l’homme apparut. La quarantaine et presque tous les cheveux blancs. Il avait un visage quelconque, mais quelque chose dans son expression le rendait désagréable. Pourtant, à ce moment-là, il avait seulement l’air perturbé. Effrayé. Il parlait vite.
« Nous vous écoutons. Que voulez-vous ?
- Voilà. Le fou dont on a parlé au journal a frappé à ma porte, il y a à peine cinq minutes. »
Silence de mort.
« Donnez-nous votre nom et vos coordonnées, et nous arriverons le plus vite possible.
- Voilà… je suis monsieur Kandar, des assurances « Élia ». J’habite 5 rue de la Tour, cinquième étage en face de l’ascenseur A. Venez vite ! »
Il avait coupé. Fïndril avait tout noté sur le bloc-notes près du visiophone. Tradën, qui avait suivi la scène, dit seulement ceci :
« Eh bien, j’espère pour lui que le tueur ne reviendra pas tout de suite…
- Pourquoi cela ?
- Je connais ce quartier. Vous êtes à une demi-heure de l’endroit où ce Kandar habite. Mais il ne faut qu’une minute pour tuer quelqu’un, même barricadé ! Ambre, essayez de joindre une patrouille de police. »
Les Enquêteurs se consultèrent du regard, puis filèrent à l’armurerie.

Vos commentaires

1 Le Mardi 16 Janvier 2007 à 19:40 GMT+2, par lou18

lol je poursuit doucement mais je poursuit!!!

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