Un mort se lève...
Mercredi 24. L’hiver étendait silencieusement son manteau blanc sur la ville d’Européa, capitale magnifique de l’Européannie…
« Bonjour chers auditeurs ! Votre météo du matin…
- Oh, la barbe ! Pourquoi le radio-réveil est-il toujours en avance ?… »
Quelque chose bougea dans le lit aux draps tirebouchonnés. Fïndril émergea de son oreiller, les cheveux complètement embroussaillés… puis y replongea. Une minute plus tard, il dut reconnaître qu’il fallait se lever pour engloutir son petit-déjeuner, avec quatre –grosses– tartines et un bol de céréales. Ce matin, chose remarquable, il était dans les temps.
Ralian écarta les rideaux de sa fenêtre, puis s’étira. Il neigeait, aujourd’hui. Enfin, il regarda sa montre et découvrit que, pour une fois, il n’était pas en avance !
« Ah ! la poisse ! et dire que c’est spécial ce matin ! »
Il bondit immédiatement pour se préparer. Il ne fallait pas qu’il arrive en retard au rendez-vous que Monsieur Tènfor, PDG de « Tènfor et Cie, cosmétiques », leur avait accordé.
Médraline bâilla longuement en recoiffant en vitesse sa tignasse ébouriffée. Puis, elle arrêta le réveil qui crachait ses « tut tut » sans la moindre gène. Et en plus, il sonnait fort et n’était pas réglable… d’où sa place sous l’oreiller, qui l’étouffait en partie. Après le petit-déjeuner, elle plongea dans sa penderie pour y dénicher sa plus propre combinaison. Maudissant Anne, –du service de nettoyage à l’AEP– qui ne lui rendait pas vite ses tenues –« pour mieux les nettoyer »–, elle l’enfila en deux-temps, trois mouvements. Enfin, elle passa par-dessus un manteau long jusqu’aux bottes, pour cacher son vêtement trop facilement reconnaissable et se protéger du froid.
Encore ailleurs… l’homme se réveilla. Il n’était pas pressé. Il avait tout son temps, maintenant. Une douleur atroce, aiguë, lui transperça l’épaule gauche durant plusieurs minutes.
Qu’ils soient maudits ! si seulement j’avais réussi à les arrêter… ce damné virus ! que veulent-ils en faire ? Au moins, son inventeur doit être consumé dans le crématorium maintenant : c’est le premier dont je me suis débarrassé.
Tout cela parce qu’il avait surpris leurs agissements. L’amertume emplissait son esprit. Et maintenant, il allait être mangé petit à petit… jusqu’à mourir. Son décès était déjà prévu, grâce aux ordinateurs surpuissants des hôpitaux, pour le 5 février. Il était déjà mort... Il se leva. Dire que la police ne l’avait même pas écouté… Forcément, le numéro 11 en faisait partie. Et l’AEP non plus. Si seulement il n’était pas tombé sur le numéro 9 en les appelant !… mais son tour viendrait, et bientôt les sombres agissements d’Aranéa prendrait fin… et sa vie à lui, par la même occasion.
Il fallait maintenant voir si la réputation du « trio infernal » était exacte : tout le monde savait que c’étaient eux qui s’occupaient de cette affaire. Pour ses agissements, il avait adopté une stratégie simple. Le dernier à souffrir serait le chef de l’organisation.
Bon. Maintenant, debout, et au boulot !… Quelles couleurs vais-je choisir, aujourd’hui ? hier, j’avais mis une teinture verte et des lentilles mauves. Si je ne mettais rien, tiens ! pour une fois !
Il regarda dans sa glace ses cheveux roux et ses yeux bruns qui tranchaient avec sa peau mate. C’était assez rare, d’avoir une peau plutôt foncée, pour un roux. Il sourit à lui-même puis alla dans sa cuisine. Mais bientôt, il devrait préparer son matériel, et ce ne serait pas drôle… pour anticiper le choix de l’heure, il prit un stylo et le pointa au hasard sur sa montre.
10h30. Pour le soir, donc. Et la mise à mort ? Hum, l’appartement est proche de l’AEP. Disons… 10h50.
Les Enquêteurs le tracassaient : il ne fallait pas qu’il soit arrêté trop tôt. Etre condamné, soit. Tout criminel de ce genre le méritait, et de toute façon, il l’était déjà. Ne pas les voir condamnés, eux ? pas question ! Il devait amener l’AEP à s’intéresser à Aranéa.
Par Lefélinbleu, Mardi 5 Decembre 2006 à 22:59 GMT+2 dans Nouvelle 3 - Un mort se venge (article, RSS)






